La chasse aux primes

«L'affaire Bolduc» éclipse une problématique majeure. La multiplication des primes a fait bondir la rémunération des médecins, sans pour autant que les patients puissent les voir quand ils sont malades. Il est là, le véritable problème.

L'exemple de la lettre d'entente 245 - celle-là même qui a plongé le ministre Yves Bolduc dans la tourmente - le démontre. Depuis novembre 2011, les omnipraticiens sont rémunérés chaque fois qu'ils acceptent de devenir le médecin d'un patient orphelin.

Selon le ministère de la Santé, 658 000 personnes ont trouvé un médecin de famille depuis l'entrée en vigueur de l'entente. Quand l'on sait qu'un Québécois sur quatre était alors sans médecin, on peut y voir une réussite.

C'est pourtant un échec puisque rien n'oblige les médecins à voir leurs patients après le rendez-vous initial. Quand ceux-ci sont malades, beaucoup sont contraints de se diriger vers les cliniques sans rendez-vous ou l'hôpital.

Pourquoi ne pas obliger les médecins à réserver des plages horaires quotidiennes pour voir leurs patients quand ils sont malades et non pas dans un an pour leur suivi de routine? Seule une minorité de médecins le font, dont, soit dit en passant, le Dr Bolduc.

La rémunération actuelle prévoit plusieurs montants forfaitaires qui donnent l'impression que les médecins sont incités à faire leur travail, tout simplement. Ils reçoivent une prime pour travailler dans un groupe de médecine de famille, pour accepter de collaborer avec une infirmière, pour voir des patients très malades, pour travailler le soir ou la fin de semaine.

Selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, un médecin qui travaille dans une clinique puise désormais 60% de sa rémunération dans le paiement à l'acte et 40% sous forme forfaitaire.

Est-ce que tous ces incitatifs ont atteint l'objectif souhaité, c'est-à-dire permettre aux patients d'avoir un médecin et de le voir quand ils sont malades? Malheureusement, non. Le Québec demeure la pire province au Canada en matière d'accessibilité.

La rémunération des médecins, tel qu'elle est définie et appliquée aujourd'hui, pose problème.

Beaucoup de médecins de famille ne veulent pas des contraintes et des horaires qui viennent avec la profession. Travailler dans une clinique médicale impose une lourdeur administrative et oblige à assurer la continuité dans le suivi des patients. C'est une lourde responsabilité.

Les activités médicales particulières font également en sorte que les jeunes médecins sont obligés de travailler un certain nombre d'heures à l'hôpital. Plusieurs finissent par s'y plaire, d'autant plus que c'est payant.

Après avoir consenti des hausses de rémunération vertigineuses aux médecins, le gouvernement doit s'assurer que les incitatifs financiers qui en découlent ont un effet sur l'accessibilité et la prise en charge. Les patients sont en droit d'avoir un médecin de famille, mais surtout, de le voir quand ils sont malades.

pascale.breton@lapresse.ca




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