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La vaine gloire

L'orgueil a toujours été considéré comme le premier et le plus grave des péchés... (Photo: La Presse)

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Mario Roy
La Presse

L'orgueil a toujours été considéré comme le premier et le plus grave des péchés capitaux, réputé alimenter tous les autres. Selon la première codification des péchés, au IVe siècle, une huitième «passion» était une variante et un doublon de la passion de l'orgueil, celle de la «vaine gloire».

Un travers humain condamné deux fois plutôt qu'une, donc!

On comprend pourquoi. Peut-être s'agit-il du péché le plus irréductible, qui a traversé les âges sans prendre une ride. Aujourd'hui, il s'incarne dans le culte absolu de soi ; la certitude d'être exceptionnel; le sentiment d'être intrinsèquement privilégié en tant qu'individu ou collectivité ethnique, nationale ou religieuse: l'orgueil peut devenir collectif, en effet.

De plus, l'orgueil peut éventuellement faire la paire avec la colère, historiquement considérée comme une «folie passagère»... qui, parfois, ne passe pas. La colère peut également être individuelle ou collective. Spontanée et vite oubliée ou froide et durer des siècles. Elle peut déboucher sur la violence et, dans les pires cas, devenir un rouage de la dantesque machine conduisant au génocide.

On voit tout de suite que l'orgueil et la colère se dirigent vers un avenir radieux!

Bien sûr, l'orgueil à usage personnel n'est plus tout à fait ce qu'il était. Il s'est démocratisé et adapté à une société d'opulence, de technologie et de communication.

Dans Hello, I'm Special (Bonjour, je suis exceptionnel, non traduit en français), le journaliste et auteur torontois Hal Niedzviecki démontre deux choses fort intéressantes.

Un: «L'anticonformisme est maintenant la norme acceptée de la société. Obsédés par la célébration de notre individualité et par la recherche de moyens de nous rebeller contre les institutions traditionnelles, nous batifolons dans toutes les directions en hurlant: Célébrez-moi!»

Deux, ce culte de soi s'est trouvé un amplificateur: de la téléréalité à la blogosphère en passant par YouTube, tout l'appareil de la culture populaire s'est transformé en un tonitruant karaoké qui produit bel et bien, pour chacun, les 15 minutes de gloire promises par Andy Warhol.

On peut juger que c'est sans conséquence. Mais Niedzviecki, lui, estime que cette enflure de l'ego mine les communautés et entraîne un effet secondaire dévastateur: la solitude. Celle-ci produit dans les cas extrêmes une sorte de colère paranoïde dont on connaît les exceptionnelles mais effrayantes conséquences.

L'orgueil collectif, lui, demeure exactement ce qu'il était au Moyen Âge. Il s'exprime par l'entremise d'une appartenance qui singularise - et élève - des individus par rapport à d'autres. Les conflits raciaux ou ethniques ne sont-ils pas largement motivés par une argumentation reposant sur la «supériorité»? Ne dit-on pas: l'«orgueil national» (en particulier lorsqu'il est «bafoué»)? Les adhérents à une religion ou une autre ne sont-ils pas des «élus» de l'un ou l'autre dieu?




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