Charlevoix est quelque chose comme la plus belle région du Québec, lovée entre fleuve et montagne, dotée de magnifiques paysages vallonnés et d'un riche patrimoine architectural.

Pas étonnant que le Club Med ait décidé d'en faire son nouveau terrain de jeu ! Non seulement le secteur de la Petite-Rivière-Saint-François s'y prête à merveille, mais tout ce qui l'entoure en fait également une destination de calibre international, de Québec à Tadoussac, en passant par la chute Montmorency et les Hautes-Gorges.

Mais autant il est réjouissant que le Club Med ait choisi Charlevoix plutôt que Whistler ou Aspen, autant le village qu'on s'apprête à construire pour accueillir le monde est... décevant.

Le conseil municipal de Petite-Rivière-Saint-François vient d'accorder au promoteur le permis de construction qui lui permettra de lancer sous peu son projet de 120 millions. Et si on se fie aux rares et malheureuses esquisses disponibles, ses membres vont le regretter plutôt tôt que tard, et ils ne seront pas les seuls.

On devine bien que cette petite municipalité de 800 âmes n'a ni les experts ni le comité d'urbanisme d'une grande ville, qui permettent d'être exigeant avec les professionnels. Mais on parle tout de même, en l'occurrence, d'un des plus beaux sites naturels au Québec. Un site du patrimoine collectif dont la municipalité est fiduciaire.

Or jetez un oeil aux esquisses. Y voyez-vous un village alpin qui se démarque par sa signature singulière ? Ou avez-vous plutôt l'impression d'un hôpital de région... qui n'a pas grand-chose d'hospitalier ?

Curieusement, cet amoncellement de volumes hétéroclites semble déposé là sans réelle intégration à la topographie. On donne l'impression d'avoir additionné des masses disparates et désaxées sans autre objectif que de multiplier les vues pour les clients. Pas très convaincant, même si on évoque une vague similitude aux amas de glace qui se forment en hiver sur les berges du fleuve.

Et donc, on peut se demander en quoi cette architecture censée représenter le Québec met en valeur sa plus belle montagne de ski ? En quoi ce projet est-il spécifique à ce site splendide situé en pleine Réserve mondiale de la biosphère ? En quoi fait-il écho au fleuve qui coule en contrebas et qui constitue l'élément central de ce joyau naturel qu'est Le Massif ?

Bref, en quoi ce complexe est-il « bien de chez nous », ancré à la fois dans ce que nous sommes et dans ce que recèle ce merveilleux site naturel ? Pas évident.

La firme d'architecture Lemay Michaud, qui a signé le projet, rétorque qu'il contient des références au style et aux matériaux régionaux, en plus de refléter le paysage, les couleurs et le climat du lieu. Il porte en ce sens une « signature canadienne », tel que demandé par le Club Med.

Oui, à la limite. Mais les rares éléments vernaculaires qui distinguent le complexe sont des clichés du patrimoine plaqués sur les différents bâtiments, comme on accroche des raquettes en babiche au mur d'une boutique touristique du Vieux-Montréal.

Ici, de la tôle censée rappeler le toit des maisons typiquement québécoises. Là, une immense fenêtre à six carreaux rouges comme dans les demeures d'antan. Et ici et là, des fresques aux motifs de ceinture fléchée...

Premier degré, vous dites ? On a manifestement raté une occasion de montrer ce dont l'architecture québécoise est capable. Ce qui, de manière tordue, est représentatif du Québec bâti.

Mais au-delà du peu de raffinement du concept, ce qu'il y a de plus décevant, c'est certainement l'absence d'harmonisation du complexe avec le paysage qui l'entoure. Ce même paysage qui a justement attiré l'attention du Club Med.

Les protubérances de cet hôtel pavillonnaire de trois bâtiments multicolores émergent de partout, sans lien apparent avec les courbes de la montagne. Le plus haut édifice a des airs de forteresse sombre avec ses huit étages adossés à la forêt. Et que dire de cette généreuse allée asphaltée qu'on a choisi d'aménager sous les fenêtres des clients afin qu'ils puissent admirer en même temps le fleuve et les véhicules qui circulent...

Bien sûr, il y a du bon au projet. On a évité l'« effet de mur » en optant pour un effet palier. On vise les certifications environnementales les plus exigeantes. Et on limite quand même l'impact de ce village artificiel sur un secteur fragile en se contentant d'un peu plus de 300 chambres.

Mais il suffit de jeter un oeil aux autres villages de ski du Club Med, comme Les Arcs Panorama, Samoëns Morillon et Hokkaido pour voir que la célèbre entreprise de tout-compris est capable de mieux : mieux pensé, mieux conçu, mieux harmonisé.

Est-il trop tard pour mieux faire justement, dans le cas du Club Med Québec Charlevoix ? Possiblement, car le déboisement est déjà terminé et la construction doit débuter d'ici la fin du mois, pour une ouverture prévue à la fin 2020. Mais si Le Massif et le Club Med comptent offrir à leurs futurs clients un village à la hauteur de la majestueuse destination choisie, ils auraient intérêt à prendre un peu plus de temps pour raffiner leur projet.

Tomamu Hokkaido, au Japon