Donnons ça à la CAQ. Lors des dernières élections, elle avait réussi à se démarquer en multipliant les promesses originales qui démontraient une volonté de brasser la cage. Les maternelles 4 ans faisaient partie du lot.

Mais aujourd'hui, la réalité la rattrape : elle doit vivre avec un certain nombre d'engagements discutables qui compliquent déjà son mandat.

On le voit avec la réduction du nombre d'immigrants, qui mine la réforme du système d'immigration (voir autre éditorial). Et avec l'entente avec les médecins spécialistes, qui ne rapportera finalement pas le milliard escompté.

Mais c'est surtout en éducation que la Coalition avenir Québec semble le plus empêtrée dans ses promesses hasardeuses. Des promesses qui sont autant de distractions pour un ministre qui aurait tellement intérêt à concentrer ses énergies sur sa mission première : la réussite scolaire.

Déjà, on voit que Jean-François Roberge est forcé de jongler avec des dossiers qui l'éloignent de ses engagements les plus prometteurs. Pensez à l'uniformisation de la taxe scolaire, qui réduit les contributions des Québécois consacrées à l'éducation. Ou encore à l'interdiction des signes religieux, que son gouvernement souhaite malheureusement élargir aux enseignants.

Or pour une fois qu'on a un ministre qui sait où il s'en va... et son parti le force à s'impliquer dans des enjeux qui ne sont pas directement liés à ses propres priorités.

C'est lui qui avait dû répondre aux questions quant au décompte des signes religieux demandé aux commissions scolaires.

C'est malheureux, car cet ancien enseignant, auteur d'un essai remarqué sur l'école, ex-porte-parole de l'opposition en matière d'éducation, a une réflexion poussée sur ce qui doit être fait pour améliorer les taux de diplomation, et ni les signes religieux ni la taxe scolaire ne faisaient partie de ses solutions.

Les problèmes du réseau de l'éducation sont ailleurs, bien évidemment : taux de décrochage élevé, manque de professionnels, écoles en mauvais état, manque de locaux, baisse des inscriptions dans les facultés d'éducation, etc.

C'est dans ce contexte qu'on doit réfléchir à la pertinence de demander à M. Roberge de lancer un chantier aussi ambitieux que la maternelle 4 ans.

Oui, sur papier, c'est un beau projet. Oui, dans un monde idéal, les maternelles devraient être disponibles partout, pour tous ceux qui souhaitent en bénéficier.

Mais dans le contexte actuel, celui du réseau de l'éducation, des finances du gouvernement et du temps limité qu'a un ministre dans une journée, les maternelles deviennent une gigantesque distraction. Une autre !

Cette promesse que François Legault a transformée (un peu trop vite) en priorité des priorités va nécessairement canaliser une bonne part des ressources et des énergies de Jean-François Roberge, pour des gains potentiels à long terme. « Dans 15 ans », a-t-il précisé hier, lors de sa conférence donnée devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

La question n'est donc pas de savoir si les maternelles 4 ans sont bonnes ou pas. C'est plutôt de savoir si leur déploiement à la grandeur du Québec est le bon projet au bon moment. Sachant qu'il existe un réseau public éducatif à la petite enfance de qualité, qu'il est possible d'augmenter les ressources spécialisées... et que l'énergie du ministre pourrait être bénéfique ailleurs.

Entendons-nous. Jusqu'ici, le ministre a bien fait.

Plutôt que de miser sur une approche de grandes consultations qui mènent à des promesses à la fin d'un mandat, il multiplie les petits gestes qui comptent : les récréations obligatoires, la détection des retards d'apprentissage, le dépistage des troubles de la vue, le parascolaire au secondaire, etc.

S'il souhaite que son mandat soit une réussite, c'est dans ce sens qu'il doit poursuivre. C'est là où il doit concentrer ses efforts, sur des engagements réfléchis, ciblés et prometteurs, qui peuvent contribuer rapidement à accroître la réussite scolaire. Comme la valorisation des enseignants et l'établissement d'un plancher de services professionnels.

Bref, il devra se concentrer sur ce qu'il peut faire tout de suite, sans distraction.