Y avait-il des clichés et des stéréotypes dans le sketch du Bye bye qui transformait Justin Trudeau en acteur de Bollywood? Certainement! C'est le propre d'une caricature de caricaturer.

Mais de là à crier au racisme, comme l'ont fait certains représentants de la communauté indienne? Franchement ridicule. Cela dénote un malaise non pas avec le Bye bye comme tel, mais avec l'idée même de la caricature.

La caricature, rappelons-le, est un dessin ou un sketch satirique qui accentue ou déforme certains aspects significatifs dans le but de passer un message politique. C'est ce que fait Serge Chapleau à La Presse, par exemple. Et c'est ce qu'ont fait les auteurs du Bye bye avec cette portion - soi-disant - controversée de l'émission.

La communauté indienne a ainsi été présentée à l'aide de bijoux dorés et de vêtements colorés, de la même manière qu'au début du sketch, lorsque Trudeau chante qu'il a «toujours le bon habit quand il visite des pays», on lui ajoute tantôt un col Mao et un chapeau pointu, tantôt un poncho et un sombrero.

Or personne n'a vu là de moqueries à l'endroit de la Chine ou du Mexique, tout simplement parce qu'il n'y en avait pas. De la même manière qu'il n'y avait pas d'attaque ou de dénigrement de la communauté indienne.

Au contraire, le sketch tournait en ridicule le fait que Justin Trudeau a lui-même folklorisé, voire caricaturé les coutumes indiennes.

Et pourtant, de nombreux internautes y ont vu de la xénophobie, une accusation reprise avec beaucoup de désinvolture par des membres en vue de la communauté indienne. «Ce sketch faisait preuve d'un total manque de respect envers notre culture», a déclaré la directrice de l'entreprise Bollywood Blast, Ina Bhowmick.

«Je ne dirai pas que c'est du racisme en soi, mais est-ce que ça ne vient pas d'une façon raciste de penser? Oui», a soutenu le directeur artistique du Teesri Duniya Theatre, Rahul Varma, au Devoir.

«L'humour ne donne pas la permission d'offenser qui que ce soit», a affirmé pour sa part le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales, Fo Niemi.

On voit dans ces commentaires un refus de l'humour et surtout une incompréhension totale de ce qu'est la caricature. Par définition grinçante, parfois malicieuse, voire offensante pour la personne caricaturée.

Il y a ainsi un lien avec «Je suis Charlie», dont on soulignait hier les quatre ans. Non pas dans l'équivalence de ces deux histoires, sans commune mesure bien sûr, mais dans l'importance de l'humour et de la caricature. Dans l'importance, surtout, de se porter à la défense de cette déclinaison nécessaire de la liberté d'expression.

Bien sûr, on pourrait voir ces critiques comme les propos isolés de quelques radicaux. Mais ces accusations moussées notamment par les réseaux sociaux sont plus importantes et insidieuses que ça, car elles diluent le mot «racisme», elles lui enlèvent son poids, sa force.

Lever le drapeau rouge du racisme pour un cas qui n'en est clairement pas un revient à crier au loup quand il n'y en a pas. On ne vous croira plus lorsqu'il pointera réellement le bout de son nez.

D'ailleurs, cette rectitude politique a déjà donné des munitions à ceux qui prétendent, à tort, qu'«on ne peut plus rien dire au Québec». Plusieurs commentateurs ont ainsi mis le sketch bollywoodien dans le même panier que les épisodes de SLĀV et de Kanata, comme si tout se valait.

Or il suffit de se demander quelle est l'intention à la base et dans quel contexte elle s'exprime pour voir qu'il s'agit d'histoires différentes.

SLĀV et Kanata étaient deux pièces qui visaient à témoigner de l'histoire douloureuse de certains peuples, sans tenir compte du contexte et des communautés concernées par leur thème respectif. Rien de raciste là, soyons honnêtes, mais un manque de sensibilité qui méritait certaines des critiques dont elles ont fait les frais.

À l'inverse, le sketch du 31 décembre dernier visait simplement à tourner en dérision le voyage de Justin Trudeau en Inde, l'un des moments forts de l'année politique, ce qui était amplement justifié pour une émission de satire politique. Et cela s'est fait, disons-le, sans manquer de sensibilité envers la communauté indienne.

Le problème, c'est qu'à brandir les accusations de racisme à tout bout de champ, on en vient à expurger l'expression de sa signification. On en vient surtout à donner des munitions à ceux qui prétendent qu'on accorde trop d'importance aux accommodements des uns et des autres.