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Mais pourquoi fermer la porte ?

La décision de réduire de près de 24 % le nombre d'immigrants au Québec est... (Photomontage La Presse)

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Photomontage La Presse

La décision de réduire de près de 24 % le nombre d'immigrants au Québec est tellement paradoxale qu'on ne sait par quel bout commencer.

Il y a le fait, par exemple, qu'un parti fier d'être « nationaliste » choisit de se battre avec Ottawa pour... diminuer encore un peu plus le poids démographique du Québec au Canada. Curieux.

Il y a le fait qu'on ferme la porte à bon nombre de travailleurs étrangers... au moment où des entreprises sont forcées de fermer leurs propres portes en raison d'un manque de travailleurs. Douteux.

Et il y a le fait que le gouvernement baisse le seuil d'immigration sous prétexte que les fonds consacrés à l'intégration sont insuffisants... au lendemain d'un énoncé budgétaire dépensier qui ne prévoit pas un sou pour l'immigration !

Dur à suivre, c'est le moins qu'on puisse dire.

Oui, la CAQ a raison de souligner qu'il y a des difficultés avec la francisation des immigrants, comme l'a déjà rapporté le bureau du vérificateur général. Mais ce dernier n'a jamais recommandé de réduire le nombre de personnes qui entrent, tout simplement parce qu'il s'agit d'une fausse solution à un vrai problème.

Les défis du Québec avec l'intégration sont liés à un manque de ressources, d'investissements et de volonté politique. Il faut donc s'attaquer à ces problèmes structurels plutôt qu'aux immigrants, surtout dans un contexte où des dizaines de milliers de postes ne sont pas pourvus dans les entreprises, les commerces et les institutions de santé.

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à regarder ce qui se passe en Allemagne. Voilà un pays qui aurait pu choisir de fermer ses portes à toute personne venant de l'extérieur.

Rappelez-vous 2015 : pas moins d'un million de réfugiés sont entrés au pays d'Angela Merkel, ce qui a provoqué un ressac politique et social important. On en a beaucoup entendu parler, au point où certains ont transformé l'Allemagne en épouvantail : voyez ce qui se passe quand un pays excède sa capacité d'accueil en ouvrant ses bras à toute la misère du monde...

Or curieusement, ceux qui suivaient avec tant d'attention ce qui se déroulait sur le sol allemand ont omis de nous rapporter les plus récents développements. Le mois dernier, la coalition des partis au pouvoir a réussi à mettre ses divergences de côté afin de déposer un projet de loi qui prévoit... d'ouvrir plus grandes les portes aux immigrants !

Et ce, malgré le ressac populaire de 2015, la poussée de l'extrême droite et la montée d'un discours ambiant négatif à l'égard des étrangers, qu'ils soient réfugiés, migrants ou immigrants.

Si la coalition au pouvoir a choisi d'agir, c'est qu'elle juge que l'Allemagne a besoin d'attirer des étrangers en grand nombre pour rester économiquement compétitive, ce qu'elle s'est efforcée d'expliquer à une opinion publique sceptique.

Comme le Québec, l'Allemagne a certes des difficultés à intégrer les nouveaux arrivants. Mais après avoir mûri sa décision, elle ne s'est pas contentée de préciser et de resserrer les critères d'une immigration choisie (travailleurs qualifiés qui parlent allemand), elle en est venue à la conclusion qu'il fallait hausser le seuil d'accueil plutôt que l'inverse.

Or le Québec fait le chemin inverse en refermant sa porte en pleine pénurie de main-d'oeuvre, alors que le taux de chômage atteint des creux records : il abaisse ainsi le nombre d'immigrants à 40 000 au lieu des 52 500 prévus au terme d'un vaste processus d'études et de consultation.

Une baisse qu'il dit « temporaire » sans qu'on sache trop ce qui le convaincra de relever le seuil plus tard (et surtout, s'il aura le courage de le faire alors).

La CAQ justifie sa décision en affirmant qu'elle devait équilibrer le nombre d'immigrants reçus et les ressources consacrées à leur intégration. Peut-être. Mais quand on voit tous ces maires, ces gens d'affaires et ces chambres de commerce qui réclament des immigrants qualifiés, on peut se demander pourquoi on tient tant à en accueillir moins, alors qu'on aurait pu augmenter les budgets pour en prendre davantage soin.

> Voyez les détails de la consultation publique ayant mené au seuil de 50 000 immigrants 

«Curieux : un parti « nationaliste » choisit de se battre avec Ottawa pour... diminuer encore un peu plus le poids démographique du Québec au pays.»





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