On imagine mal Valérie Plante convoquer la presse pour dénoncer haut et fort le gouvernement. Pas son genre.

Et pourtant, on peut se demander si cela ne deviendra pas nécessaire dans le nouvel environnement politique dans lequel la métropole est plongée bien malgré elle depuis lundi dernier.

Les banlieues et régions ont en effet pris le pouvoir à Québec. Ensemble, elles ont réussi à peindre en bleu pâle une bonne partie du territoire grâce à l'élection de 74 candidats d'un peu partout.

Dans le lot, à peine deux représentants de Montréal. Seulement deux députés, donc, pour une ville qui frôle les 2 millions d'habitants censée être le moteur économique du Québec. C'est bien peu.

Si la mairesse avait déjà un important rôle à jouer pour défendre sa ville, celui-ci vient de prendre une ampleur considérable, alors que le rapport de force qu'avait Montréal ces dernières années a changé du tout au tout. Il suffit de se rappeler que tout près de la moitié des sièges du Conseil des ministres sortant étaient occupés par des élus de la grande ville.

Soudainement, de cruelles questions se posent : Montréal a-t-il perdu tout rapport de force ? Est-ce la fin du fameux « réflexe Montréal » ?

Et surtout, le 450 vient-il de reprendre l'influence qu'il détenait à l'époque où Gilles Vaillancourt imposait à Québec les vues des couronnes, au détriment trop souvent de la ville centre ?

À elle seule, bien sûr, l'origine des députés n'est pas gage de tout. On ne peut pas conclure d'emblée qu'un gouvernement qui a peu d'assises dans la métropole la négligera forcément. Surtout dans le cas de François Legault, qui habite Montréal en plus d'avoir fait preuve d'une grande sensibilité pour la principale ville du Québec dans son livre Le projet Saint-Laurent.

Le problème, c'est que ce n'était pas ce François Legault qui a fait campagne ces dernières semaines. Le chef de la CAQ de 2013, année de publication de son livre, présentait Montréal comme le coeur économique du Québec ; alors que le chef de 2018 en a plutôt fait le bouc émissaire de tous les problèmes de la région, prenant un malin plaisir à faire campagne contre Montréal.

Et on ne parle même pas ici de sa position sur la ligne rose, qui peut se justifier. Pensons à tous les autres enjeux où il a pris fait et cause pour les couronnes. Son plan de décongestion, par exemple, n'en a presque que pour le 450, sous prétexte que Montréal « est largement avantagé au détriment des banlieues » (c'est faux). Et sa volonté de revoir la gouvernance de la Communauté métropolitaine (CMM) ne vise qu'à soustraire du pouvoir à Montréal pour le donner aux maires des couronnes.

Comme si la CAQ voulait ramener la métropole à l'époque où elle était forcée de se battre avec ses voisines plutôt qu'avec les grandes villes de la planète.

D'où la question : Montréal vient-il de perdre tout rapport de force au profit des banlieues, qui ont élu le parti au pouvoir en plus d'avoir écrit son plan de transport ?

Étant donné que la politique se résume bien souvent à un rapport de force. Étant donné qu'une ville n'est jamais plus forte que son maire ou sa mairesse, Montréal a besoin, plus que jamais, d'un dirigeant qui assoie son autorité. Impose son « agenda ». Dicte ses vues.

Pas besoin de sortir le marteau-piqueur. Pas même besoin de perdre le sourire, la mairesse doit simplement montrer les dents. Elle doit choisir des priorités claires, faire connaître ses positions publiquement et créer un rapport de force avec des alliés pour éviter que le gouvernement traite Montréal comme une lointaine colonie.

Déjà cette semaine, on a vu la nécessité d'un tel changement d'attitude, d'ailleurs. Le premier enjeu sur lequel la CAQ s'est prononcée de manière forte - la laïcité de l'État - vise essentiellement Montréal. Et la position du gouvernement entre déjà en collision frontale avec celle de la mairesse Plante.

Or se contenter de répéter qu'elle est en désaccord, comme elle l'a fait jeudi, ne suffira pas. Dans ce dossier comme dans bien d'autres qui suivront, la métropole devra s'affirmer avec force si elle ne veut pas redevenir une « créature » du gouvernement. Elle devra mettre clairement de l'avant ses attentes, ses besoins, ses grands projets pour ne pas se les faire imposer depuis Québec. Elle devra défendre avec vigueur ses acquis, comme la CMM que préside Montréal, l'ARTM qui a dépolitisé le transport et le plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) qui limite l'étalement urbain. Bref, elle devra rendre Montréal incontournable, à nouveau.

La vague caquiste a balayé le Québec. La mairesse doit s'assurer qu'elle n'engloutira pas sa principale ville.