Tout de même paradoxal. L'environnement est l'enjeu qui déterminera le vote d'une bonne partie des lecteurs de La Presse, et pourtant, ce thème a été presque occulté par les deux meneurs de la course électorale... particulièrement par la formation à qui l'on prédit le plus de sièges!

L'environnement est en effet un véritable angle mort pour la Coalition avenir Québec, qui mise sur un programme tout droit sorti des années 80 avec élargissements d'autoroutes, bétonisation des milieux humides et retour des motoneiges dans un parc national.

Comme si le parti de François Legault ne voulait pas effrayer certaines portions «écolorécalcitrantes» de l'électorat. Comme s'il voulait leur donner raison, en fait.

Remarquez, c'est aussi vrai avec la formation de Philippe Couillard. Le Parti libéral a fait preuve d'une absence désolante de leadership sur cette question pendant la campagne qui s'achève, appelant même à un plus grand empiétement sur les terres agricoles.

Mais au moins, les troupes libérales se sont permis une annonce (tardive) sur le sujet, ce qui nous rappelle qu'avant le déclenchement des élections, l'environnement faisait partie des thèmes de prédilection de Philippe Couillard. Au point où certains le qualifiaient même de «géant vert» lorsqu'il s'était élevé contre l'exploitation pétrolière à Anticosti.

En rencontre éditoriale à La Presse, le chef du PLQ a souligné qu'il y croyait toujours autant, rappelant les 13 milliards engagés pour des projets comme le REM, la ligne bleue et le tramway à Québec. Seulement, dit-il, sa volonté de ne pas sacrifier l'économie au nom de l'écologie l'incite à mettre de l'avant des mesures qui ne minent pas notre mode de vie nord-américain. Son libéralisme, également, l'amène à proposer des incitatifs plutôt que des mesures contraignantes.

On peut trouver que ce n'est pas suffisant, surtout quand le PLQ prend l'enjeu par l'angle congru des pailles de plastique et du recyclage. Mais cette formation, au moins, reconnaît l'existence d'une crise environnementale et la nécessité d'agir. À la CAQ, c'est une tout autre histoire.

Et pas juste parce qu'il y a dans les rangs du parti un candidat climatosceptique, Éric Girard (le candidat de Lac-Saint-Jean, pas celui de Groulx), qui remet en question la validité des études sur le réchauffement de la planète.

Le problème, c'est que le curieux rapport qu'entretient le candidat Girard avec la science semble répandu dans les rangs de la CAQ. Comme si, dans ce parti, on pouvait se permettre d'ignorer les études et les opinions des experts lorsqu'elles ne cadraient pas avec les intentions partisanes...

Quand François Legault a appuyé l'élargissement des autoroutes 13 et 19, par exemple, le journal Métro lui a rappelé que des études montrent que l'accroissement de la capacité des routes fait augmenter la congestion à terme. La réponse du chef : «Je ne suis pas d'accord avec ces études.»

Même chose quand Éric Caire a voulu justifier le troisième lien à Québec. Il a d'abord soutenu que les études démontraient que l'ajout d'une autoroute vers Lévis était pertinent pour réduire la congestion (M. Legault a prétendu qu'il réduirait aussi les gaz à effet de serre!). Et quand on a fait remarquer à M. Caire que c'était faux, il a rétorqué que de toute façon, les automobilistes n'ont «pas besoin d'une étude très élaborée» pour savoir que le projet est bon.

Clairement, en environnement, les troupes de François Legault auraient intérêt à arriver au XXIe siècle, à tendre l'oreille au discours scientifique, à porter attention à ce qu'en dit l'ensemble des électeurs, pas juste ceux qu'ils courtisent. Ils comprendraient peut-être qu'on ne réduit pas la menace climatique en se bornant de biffer en douce les mots «pétrole» et «gaz de schiste» d'une plateforme web.

Lueur d'espoir : à Tout le monde en parle, avant-hier, le chef Legault s'est dit prêt à s'inspirer des programmes de Québec solidaire et du Parti québécois, qui ont décidé de faire du climat l'une de leurs grandes priorités avec des mesures visant une transition vers une économie plus sobre en carbone : réduction des voitures à essence, incitations au covoiturage, élimination des subventions aux énergies fossiles, etc.

Cela dit, si les programmes environnementaux des partis situés à gauche du centre sont certainement plus étoffés, ils ont aussi leurs limites. Le PQ table sur un plan vert audacieux... qui s'appuie sur un plan de mobilité invraisemblable. Ce n'est pas rien quand on sait que la majorité des gaz à effet de serre du Québec proviennent du transport!

Le Grand déblocage est hélas un ramassis de projets sans priorités qui ressemblent davantage à une fuite en avant qu'à un véritable plan d'action. Le PQ veut bloquer le REM (alors que le projet est bien entamé). Il compte implanter des trains tous azimuts jusqu'à Châteauguay, Saint-Hyacinthe et même Joliette (bonjour l'étalement urbain!). Et il croit possible d'ajouter 175 nouvelles stations de toutes sortes sur 200 kilomètres... en sept ans à peine (petit rappel : le SRB Pie-IX aura nécessité à lui seul 13 ans).

Quant à QS, le projet ne pourrait être plus vert, fourmillant d'un nombre impressionnant de mesures ambitieuses. Le problème, c'est qu'on semble prêt à tout non pas pour amener les Québécois à prendre collectivement le virage, mais pour les forcer rapidement à tout faire... coûte que coûte. Ce parti qui flirte avec la décroissance promet ainsi un «changement de cap radical», quitte à «bousculer les habitudes» de tout le monde.

Plus grave, le «plan de transition économique» s'appuie non seulement sur des revenus improbables, mais sur un geste encore plus improbable, l'accession du Québec à la souveraineté. Un geste essentiel aux yeux de QS «pour se doter des outils nécessaires à l'accomplissement de la transition».

«Notre approche, écrit QS, est impensable dans le cadre canadien, parce qu'elle est diamétralement opposée à la stratégie de développement économique canadienne.» Comme s'il fallait absolument faire «une rupture avec la fédération canadienne» pour réduire le nombre d'autos sur les routes...

Cela dit, il y a dans les programmes de ces partis des propositions qui mériteraient d'inspirer les deux formations en tête dans les sondages.

On espère ainsi que le parti qui remportera la victoire le 1er octobre mettra de côté les calculs électoralistes au profit de l'environnement.

Comme l'ont écrit 200 personnalités dans Le Monde il y a quelques semaines, un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de la planète son objectif «ne saurait être pris au sérieux».