Est-ce la chaleur exceptionnelle de l'été ? L'effet d'étuve ressenti à travers le monde ? La démission de Nicolas Hulot ? Ou l'abandon de la lutte climatique par des populistes irresponsables comme Donald Trump et son double, Doug Ford ?

Toujours est-il que l'environnement semble faire un retour dans le débat public après une éclipse de plusieurs années. Soudainement, sans trop qu'on le réalise, le sujet recommence à faire jaser dans les chaumières, il retrouve son rang de priorité dans certaines entreprises, il s'ajoute aux enjeux phares des villes et des gouvernements progressistes.

Et on ne parle pas de belles et vertes intentions qu'on oublie une fois formulées, mais plutôt de gestes concrets qui « font une différence ». Comme si le temps de la remise en question était venu...

Les ventes de véhicules électriques s'emballent, et ce n'est qu'un début. Les constructeurs d'autos délaissent les moteurs thermiques, lentement mais sûrement. Les investissements mondiaux en énergies renouvelables dépassent du double ceux consacrés aux énergies fossiles. Les gaz à effet de serre de la Chine se stabilisent pendant que l'Inde tourne le dos au charbon.

Tout de même étonnant que certains choisissent ce moment pour afficher leur défaitisme. Encore plus étonnant que de grands partis politiques en campagne électorale, ici au Québec, taisent ce sujet (CAQ) ou décident d'en faire une sous-section de leur programme (PLQ).

Oui, c'est vrai, depuis la signature de l'accord de Paris en 2015, on ne sent pas que la planète s'en va dans le bon sens. En fait, on a carrément l'impression de reculer depuis que la crise économique de 2008 a expulsé le climat des débats politiques.

Et pourtant, pas besoin de mettre des lunettes vertes pour réaliser que ce qu'on pensait impossible il y a cinq ans à peine est en train de se produire sous nos yeux. Un peu partout, des villes ont atteint un pic d'émissions et visent maintenant la carboneutralité, comme Montréal. Un peu partout, de grands investisseurs tournent le dos aux énergies fossiles. Un peu partout, des pays s'éloignent du pétrole, du diesel et des moteurs à combustion interne.

Le Parlement de Norvège, par exemple, a pris la décision d'interdire la vente de véhicules à essence sur son territoire dès... 2025 ! L'Irlande cessera d'immatriculer les véhicules à moteur thermique en 2030. Les quatre partis qui forment la coalition au pouvoir aux Pays-Bas veulent que 100 % des voitures neuves vendues en 2030 soient « zéro émission ».

Et ici au Québec, quand une formation politique comme Québec solidaire s'engage à en faire autant, on la traite de radicale.

Et ce, même si les grands constructeurs d'autos planifient une transition qui pointe dans la même direction : tous les modèles Volvo auront une version électrique l'an prochain, GM et Honda prévoient la même chose en 2025, Toyota prédit que la moitié de ses ventes seront électriques en 2030, etc.

Donc la question en 2018 n'est plus de savoir si nous prendrons collectivement le virage, mais à quelle vitesse nous le ferons. Une question qu'on doit se poser en gardant en tête que plus on attend, plus le coût sera élevé, plus les températures seront hautes, plus les dégâts seront importants.

Preuve que le changement s'opère sans trop qu'on s'en rende compte : deux des quatre grands partis en campagne électorale ont déposé ces derniers jours des programmes en environnement plus ambitieux que tout ce qu'on a vu jusqu'ici au Québec.

En plus de QS, le Parti québécois a en effet décidé de faire du climat l'une de ses deux grandes priorités. Et quand on lit les engagements de ces deux formations, on réalise qu'ils ne sont pas si éloignés de ce qu'on voit en Europe ou dans les États les plus progressistes des États-Unis, comme la Californie.

Impossible tout ça ? Les cibles et plans ne changent rien de toute façon ? Mieux vaut jeter la serviette et se concentrer sur les « vraies affaires » ? Imaginez si on avait eu ce commentaire à l'époque où la couche d'ozone semblait trouée à jamais. Imaginez si les mouvements sociaux qui ont ouvert la voie à l'égalité des sexes ou à la fin de l'apartheid avaient ainsi baissé les bras.

Au contraire, si les groupes écologiques continuent à se battre comme ils le font malgré des signes souvent décourageants et des émissions de GES qui poursuivent leur croissance dans le monde, c'est qu'ils savent que le changement n'est pas linéaire et qu'il ne se fait pas non plus d'un coup. Il ressemble habituellement à une longue série de petits succès et de grands échecs qui se succèdent pendant un certain temps... jusqu'à l'atteinte d'un point de bascule.

Et lorsque plusieurs courbes exponentielles se mettent à lever en même temps, le changement s'opère. Parfois sans même qu'on le réalise.