François Legault n'a rien à voir avec les chefs de partis d'extrême droite ou avec les populistes qui hurlent un peu partout en Occident. Mais ça ne l'empêche pas d'avoir développé une fâcheuse habitude : parler des nouveaux arrivants comme d'un problème, essentiellement.

Trop souvent lorsqu'il est question d'immigration, la CAQ et son chef lui accolent en effet une connotation négative. Les seuils d'accueil sont « trop élevés ». L'intégration connaît « des ratés ». La régionalisation est « un échec ». La situation actuelle est « intolérable ».

Et depuis jeudi dernier, l'immigration a aussi le défaut de représenter un « risque ».

Un risque énorme qui pourrait transformer « nos petits-enfants » en anglophones unilingues, rien de moins.

Bon. C'est vrai que ce scénario apocalyptique est bien commode en période électorale parce qu'il combine en une seule sortie publique deux épouvantails : « la disparition du français » et l'« immigration massive ».

Il permet ainsi d'alimenter une crainte existentielle, tout en désignant le parfait bouc émissaire. Il permet d'amplifier un problème, tout en proposant une solution clé en main, l'expulsion en cas d'échec du test des valeurs. Il permet, autrement dit, de courtiser le « nous » en montrant l'« autre » du doigt.

Mais ce faisant, François Legault propose une fausse solution à un vrai problème. Il laisse entendre que les difficultés d'intégration et de francisation des immigrants sont liées à leur nombre. Comme s'il suffisait d'accueillir moins... pour accueillir mieux.

Pourtant, si le Québec fait bel et bien face à d'énormes défis de francisation des nouveaux arrivants, il suffit de lire les rapports et diagnostics qui ont été produits pour comprendre que le problème n'est pas le nombre d'immigrants, mais bien le manque de volonté politique, les dysfonctionnements du gouvernement et l'insuffisance des ressources consacrées à l'intégration.

Dit brutalement, le problème n'est pas la fameuse « capacité d'accueil »... c'est la société d'accueil.

Le rapport publié l'an dernier par le vérificateur général après une étude minutieuse des efforts déployés par le gouvernement pour franciser les personnes immigrantes est éclairant à ce propos.

Il brosse un portrait accablant de l'incompétence du ministère de l'Immigration puis dresse une liste de solutions visant à mieux accompagner les immigrants plutôt que d'en réduire bêtement le nombre. Essentiellement, le gouvernement aurait intérêt à investir mieux et à éliminer les obstacles qui limitent la participation aux cours de français.

Et que propose le chef de la CAQ ? L'inverse. Réduire le nombre d'immigrants accueillis par année de manière arbitraire... tout en conservant « les mêmes ressources » ! Sous prétexte que la société est capable d'intégrer 40 000 immigrants par année, mais certainement pas 50 000.

Pourtant, le Québec a démontré dans le passé que les limites de la « capacité d'accueil » sont toutes relatives, notamment en accueillant des milliers de Vietnamiens dans les années 80, sans même qu'ils aient été choisis pour leurs compétences ou leur contribution potentielle (contrairement à la majorité des immigrants actuels). Ce qui prouve que ce n'est pas le nombre de migrants qui compte, mais bien la volonté politique.

Une volonté qui manque manifestement à François Legault, qui lui préfère malheureusement la démagogie. Et la fermeture.