Yves Francoeur «prend acte» de la conclusion de l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ).

Sans plus.

Il se contente de prendre note, autrement dit. Il constate, simplement, qu'une enquête policière démolit les allégations qu'il a faites contre des parlementaires.

Si son irresponsabilité n'avait pas eu d'impacts sur la réputation d'innocentes personnes, on se contenterait à notre tour de «prendre acte» de sa crédibilité maintenant lourdement entachée.

Mais non. Ses attaques injustifiées ont sali des réputations, elles ont fait mal au gouvernement, elles ont miné la confiance du public envers l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP)... et M. Francoeur choisit de n'émettre «aucun commentaire». Il s'en lave les mains, bref.

Pire, celui qui a agi en pyromane continue de se donner le beau rôle dans un laconique communiqué de presse de 59 mots en se qualifiant de «sonneur d'alerte»! Un peu plus et il se félicitait...

Or en plus d'avoir mobilisé une équipe mixte composée d'enquêteurs de la SQ, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et des services de police de Québec, Laval et Longueuil, les allégations sans fondement de M. Francoeur ont mis le feu au débat public. Elles ont contribué à accroître un peu plus le cynisme. Elles ont aggravé le phénomène du «tous pourris». Et elles ont jeté le discrédit sur tout le système de justice, comme l'a déploré la directrice des poursuites criminelles et pénales, Annick Murphy.

Et aujourd'hui, après avoir affirmé sans aucune preuve qu'une enquête sur des élus libéraux avait été fermée en raison de pressions politiques, M. Francoeur tourne le dos à tout ça comme s'il n'était pas vraiment concerné. 

Même chose pour la CAQ, qui avait repris les propos de M. Francoeur en évoquant des «fraudes» et du «trafic d'influence». Même chose pour Québec solidaire, qui était allé jusqu'à réclamer la démission de Jean-Marc Fournier, visé par les fausses allégations!

Pourtant, les propos du président de la Fraternité commandaient la plus grande prudence, en raison de leur gravité, bien sûr, mais aussi de leur caractère approximatif. Il évoquait une rencontre à laquelle Raymond Bachand avait participé... alors que c'était plutôt Claude Béchard. Il alléguait que des changements de zonage étaient demandés en retour de contributions au Parti libéral... alors que cette responsabilité relève du municipal. De quoi jeter un sérieux doute sur l'existence des cinq sources qui, prétendument, se seraient confiées à M. Francoeur. De quoi jeter un doute, en fait, sur le jugement de ce dernier.

La moindre des choses, donc, une fois que la SQ conclut «qu'aucune preuve ne démontre quelque fraude ou trafic d'influence», serait de reprendre le micro et de faire amende honorable. Ce serait, disons, le minimum syndical.

Et si M. Francoeur n'a pas la hauteur nécessaire pour émettre de telles excuses, on espère que les membres de la Fraternité qu'il préside compenseront son manque de décence en lui montrant carrément la porte.

De toute façon, l'homme a beau être un représentant à poigne, quelle crédibilité aura-t-il maintenant lorsqu'il défendra les policiers sur la place publique? Quelle confiance lui accorderont désormais les élus? Quelle autorité aura-t-il lorsqu'il devra échanger, discuter, négocier?

S'il y a un corps de métier qui sait l'importance de la rigueur des faits, de la fiabilité des informations, de la réputation des innocents et de la prudence dont il faut faire preuve en maniant sources et allégations, c'est bien la police. En tout cas, ça devrait être la police.

Être représenté par un homme qui n'a pas le courage de s'excuser d'avoir été aussi négligent avec la vérité entache toute la profession.