En plus de prouver que le Québec n'a pas tiré toutes les leçons des catastrophes passées, l'entreposage de BPC au grand air à Pointe-Claire révèle une faille majeure dans la gestion des matières dangereuses: la prévention.

Il fallait écouter les ministres Blanchet et Lisée, hier, pour s'en convaincre. Ils ont répété que jamais la santé et la sécurité des riverains n'ont été compromises... puisqu'il n'y a pas eu d'incendie pour enflammer ces matières toxiques!

Entretenant volontairement la confusion entre «danger» (hypothétique) et «risque» (bien réel), les élus ont ainsi montré une insouciance caractéristique de l'appareil gouvernemental: il y a problème si tout éclate, mais si rien n'éclate, il n'y a pas de problème.

Les autorités se préparent ainsi au pire. Et lorsqu'il survient, ils sont à pied d'oeuvre pour affronter la catastrophe. Comme ce fut le cas à Mégantic et à Saint-Basile il y a 25 ans. Et comme c'est le cas à Pointe-Claire, où les pompiers avaient prévu un plan d'urgence.

Mais le problème est ailleurs: dans les précautions qu'il faut prendre... pour ne pas que survienne l'urgence, justement. On l'a vu à Mégantic avec l'état du réseau ferroviaire, et on le voit à Pointe-Claire, où le ministère de l'Environnement a dormi au gaz.

D'abord, il n'y a pas eu le suivi requis. Les BPC se trouvent sur le site «depuis au moins 15 ans», selon la firme fautive, Reliance. Un constat qu'aurait pu faire le ministère de lui-même s'il avait pris la peine de visiter l'entreprise qu'il jugeait déjà douteuse dans les années 1980, avec qui il s'est longuement battu en cour, qui refusait depuis des lustres de suivre ses directives, et qui se trouvait en 1993 sur une liste fédérale de sites d'entreposage de BPC. Or malgré cette liste d'indices, aucun inspecteur ne s'est rendu sur le site entre 2000 et 2013.

Ensuite, le ministère a tardé à agir. Le 26 mars dernier, Québec apprenait l'existence d'un déversement de 1000 litres d'huiles et d'eaux contaminées aux BPC à Pointe-Claire. Tout a été fait pour répondre à l'urgence, mais les actions juridiques qui ont suivi ont manqué de force. Et le ministère n'a cru bon informer la Direction de la santé publique (DSP) que deux mois plus tard, après quoi cette dernière a recommandé de sécuriser et de surveiller le site 24 heures sur 24. Or le ministre Blanchet a attendu que le Journal de Montréal sorte la nouvelle pour assurer une surveillance constante du lieu.

Enfin, la communication a été déficiente. Le ministère a émis un avis laconique sur son site pour souligner un déversement en mars dernier, sans faire référence à des BPC. Et la DSP, qui a le mandat d'avertir la population, se dérobe de ses responsabilités en montrant du doigt le ministère qui n'a pas suivi ses recommandations. Or comment justifier un tel conflit de responsabilité dans une province qui a goûté par le passé aux conséquences de l'irresponsabilité?

Bien beau de se préparer à l'urgence. Mais il est plus important encore de tout faire pour éviter de basculer dans l'urgence. Ce qui n'a clairement pas été fait à Pointe-Claire.