Griffintown a enfin droit à l'attention qu'il mérite. Les autorités municipales multiplient les consultations et engagements afin que le secteur devienne un véritable modèle de réaménagement pour les quartiers centraux.

Mais il est trop tard...

Voilà, hélas, ce que démontre le rapport sur le plan du réaménagement du secteur dévoilé la semaine dernière par l'Office de consultation publique. Un curieux rapport qui se conclut sur une note optimiste... même si tout son contenu démontre qu'on ne peut guère faire mieux, maintenant, que de limiter les dégâts.

Ayant gardé les bras croisés au moment où les grues se multipliaient, les élus ont en effet vu leur marge de manoeuvre rétrécir sans broncher, si bien qu'ils sont aujourd'hui contraints d'agir à la pièce sans espoir d'imposer leur vision, aussi audacieuse que tardive.

Rappelons qu'il s'est écoulé 10 ans entre la réouverture du canal de Lachine (2002) et l'adoption du «programme particulier d'urbanisme» de Griffintown (2012) .

Dix ans pendant lesquels de nombreux indices auraient dû inciter la Ville à s'attarder à ce secteur: le déblaiement des bassins Peel (2004), la conversion de la chocolaterie Lowney (2005), la construction des résidences de l'ETS (2005), autant de projets qui ont fait tripler la population du quartier à l'époque.

Et pourtant, il fallut attendre le projet de Devimco (2007) pour que la Ville daigne bouger, et encore, ce n'était que pour élaborer un plan de développement (2008) calqué sur les besoins du promoteur pour un petit quadrilatère.

Le Quartier Bonaventure et la rénovation des terrains du centre de tri postal avaient beau se préparer au même moment, la Ville est demeurée coite... jusqu'en 2011! Une éternité qui a permis aux promoteurs de prendre le quartier d'assaut, d'en faire exploser la valeur et d'en verrouiller le développement.

Aujourd'hui, Montréal veut faire de Griffintown «un milieu de vie agréable aux familles et socialement mixte, un quartier diversifié marqué par la mixité des usages et la création», ce qui est réjouissant... mais quasi impossible dans un secteur où se transigent les terrains à 16 fois la valeur de l'évaluation municipale!

Le cadre de vie familiale relève ainsi «de l'acte de foi», selon l'Office. La CSDM ne voit pas où elle pourrait construire une école. Les créateurs ont été chassés. La mixité sociale verra le jour à l'extérieur du quartier. Et les espaces pouvant servir à autre chose qu'à du résidentiel sont inabordables, en plus de «se raréfier».

On peut donc appeler les familles de tous nos voeux, Griffintown risque de devenir une cité-dortoir peuplée de jeunes professionnels sans enfant. La preuve étant que plusieurs des logements assez grands pour accueillir des enfants ont dû être subdivisés en petits condos récemment... faute d'acheteurs suffisamment fortunés!

Il est toujours possible d'améliorer le quartier çà et là, mais l'Office démontre qu'il est finalement trop tard pour imposer une vision qui a cruellement manqué jusqu'ici.