Nous publions aujourd'hui le premier de deux éditoriaux sur le projet d'oléoduc Keystone XL.

Les gouvernements fédéral et albertain ont conclu cette semaine une offensive de charme aux États-Unis, affirmant sur toutes les tribunes que le Canada est «un pays responsable sur le plan environnemental» qui encadre le développement des sables bitumineux de façon exemplaire.

Or, si l'administration Obama prend la peine de décortiquer les statistiques avant d'approuver le projet Keystone XL, elle s'apercevra que cette prétention n'a aucun fondement.

Le message que les ministres ont répété ces dernières semaines s'appuie sur une prémisse commode, mais qui n'a de valeur que pour les relationnistes: les sables bitumineux n'émettent que 0,1% des gaz à effet de serre (GES) de la planète.

Peut-être, mais renversons la lorgnette: si les gisements bitumineux étaient un pays, il polluerait autant que la Hongrie, plus que la Suède, beaucoup plus que la Norvège, pourtant un producteur pétrolier. Pas tout à fait insignifiant pour le territoire circonscrit d'une unique province.

Cela dit, au-delà des slogans, les statistiques montrent bien l'impact des sables bitumineux et les dangers de poursuivre leur exploitation sans contraintes.

- Les données. Elles révèlent une hausse de 180% des gaz à effet de serre des sables bitumineux de 1990 à 2010. La bonne nouvelle, c'est que pendant une partie de cette période, on a réussi à réduire la quantité de GES émis pour chaque baril produit (ce qu'on appelle «l'intensité des émissions»). La mauvaise, c'est que cette amélioration semble s'être arrêtée au milieu des années 2000.

- Les tendances. Elles montrent que l'exploitation bitumineuse est responsable de 7% des émissions canadiennes, un taux qui grimpera à 14% en 2020. Les émissions à venir sont donc imposantes, à tel point qu'elles annuleront toutes les réductions de GES prévues au pays au cours des sept prochaines années, a calculé l'Institut Pembina. Rien de surprenant: le transport, l'électricité et les autres secteurs font l'objet de réglementations contraignantes, mais pas les pétrolières.

- Les politiques. Après avoir pris le pouvoir en 2006, les conservateurs ont jeté les plans et programmes des libéraux, promettant de «nettoyer l'atmosphère» à leur façon grâce à un véritable plan «made in Canada» ... que l'on attend toujours, sept ans plus tard.

Il n'y a donc aujourd'hui aucune réglementation fédérale significative pour réduire l'impact des sables bitumineux. Pire, le système de surveillance annoncé en fanfare il y a un an est inopérant, et les projets de capture et de séquestration du carbone présentés comme LA solution en 2009 ont été abandonnés, ou sont sur le point de l'être.

L'Alberta ne réussira certes jamais à éliminer les dommages de l'exploitation pétrolière, mais dans le contexte géopolitique actuel, le simple fait de s'attaquer au problème réduirait les pressions étrangères... et redonnerait au pays une crédibilité que les beaux discours ne peuvent ramener.

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Demain: au-delà des verts discours.