Bien des politiciens ayant mis les pieds à La Cantina doivent frémir en ouvrant leur journal le matin. Après le 357c, voilà un autre établissement devenu toxique par association, un autre restaurant dont la seule fréquentation est synonyme de corruption.

Publié le 17 janv. 2013
François Cardinal LA PRESSE

Le maire Applebaum l'a appris à ses dépens, cette semaine, après avoir vu son nom accolé à «la mafia» en raison de sa présence non pas au Consenza, mais à une activité de financement officielle, organisée et dûment rapportée par son ancien parti, il y a près de 10 ans, dans ce restaurant fréquenté par une vaste clientèle issue notamment du gratin médiatique et politique.

Ajoutons à cela le fait que Michael Applebaum a été maire d'un arrondissement où s'est construit un projet résidentiel aux origines nébuleuses, et il n'en fallait pas plus pour que l'élu rejoigne tous ces politiciens corrompus, véreux, pourris. Que ce soit à tort ou à raison, cela n'importe plus...

Or, jusqu'à preuve du contraire, M. Applebaum ne fait pas l'objet d'une enquête. Il n'a pas été interrogé. Aucun policier ne l'a visité. Aucune accusation n'a été portée contre lui. Il a simplement rencontré des enquêteurs de la commission Charbonneau qui voulaient lui poser des questions.

Peut-être en apprendra-t-on plus éventuellement. Peut-être que les enquêteurs possèdent plus d'informations que ce qui a coulé dans les médias. Mais pour l'instant, avec ce que nous savons, rien ne justifie qu'on le montre du doigt, qu'on l'ajoute à la liste des politiciens sans scrupules.

Normal que le doute et la méfiance s'installent en cette période de révélations à répétition. Normal que nous soyons sur nos gardes à scruter les manquements à l'éthique. Mais le jour où cette défiance se transforme en suspicion généralisée, la chasse aux sorcières n'est pas loin.

En témoigne d'ailleurs l'attitude avec laquelle, collectivement, nous recevons maintenant la moindre rumeur, la moindre révélation anonyme: coupable, jusqu'à preuve du contraire. Un renversement du fardeau de la preuve qui oblige le principal intéressé à se défendre publiquement... renforçant du coup l'impression de culpabilité.

Peu importe si le maire «dément formellement» toute implication dans ladite transaction immobilière, s'il dit s'être opposé aux projets du promoteur Tony Magi, si sa défense est corroborée par le directeur de l'urbanisme de l'arrondissement, le soupçon s'installe néanmoins, et bien malin celui qui saura le déloger.

Il faut certes se tenir sur nos gardes, demeurer vigilant, s'intéresser au passé du maire Applebaum qui a fait partie d'une formation politique entachée, a présidé le comité exécutif, a été maire d'arrondissement tout en étant agent immobilier.

Mais en l'absence de documents incriminants, d'allégations solides ou d'accusations claires, rien, pour l'instant, ne nous permet de douter de l'intégrité du maire de Montréal.

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