Il y a risque de blessure lors de la pratique d'un sport. Voilà la conclusion surréaliste à laquelle arrive l'Institut national de santé publique à la veille du marathon de Montréal...

Dans un rapport manquant cruellement de perspective, l'organisme statue que les blessures subies lors d'une activité physique constituent «sans aucun doute» un «important problème de santé publique». Et donc, qu'il faut élaborer des «campagnes de prévention» pour s'attaquer à ce fléau...

On savait que la santé publique avait l'habitude de voir des problèmes partout, de multiplier les interdits et les programmes de sensibilisation pour éliminer tout ce qui retrousse. Mais on atteint cette fois-ci un sommet du genre avec cette étude sur les bobos des sportifs du dimanche.

D'emblée, on nous prévient. «Les personnes physiquement actives sont plus à risque de se blesser.» C'est dit. Puis on dresse le palmarès des blessures les plus fréquentes: les entorses (40% des blessures), les tendinites (15%), les fractures (15%) et les claquages musculaires (10%).

Puis paf! Le sombre constat sociétal: «Les pertes économiques encourues par l'absence au travail ou aux études, et la pression qu'exercent ces blessures sur le système de soins de santé ne font aucun doute.»

Ahurissant. Non seulement ces «pertes» ne sont jamais quantifiées, elles ne sont pas mises en perspectives non plus. On se concentre ainsi sur le bobo tout en ignorant les maux.

Qu'en est-il de la sédentarité, de l'obésité, des maladies cardiaques? Ne provoqueront-ils pas plus de «pertes économiques» ? Le citoyen inactif ne risque-t-il pas d'«exercer une pression» plus grande sur «le système» que celui qui souffre d'un claquage musculaire?

Mystère. Les experts se contentent de jeter un oeil critique sur les tendinites et foulures, qui constituent la majorité des blessures! «Bien qu'on constate une importante augmentation globale du nombre de blessés depuis 2004, notent les auteurs, les blessures rapportées sont plus souvent mineures»...

L'étude en soi n'est pas un problème, plutôt ses conclusions. Car il n'y a rien de bien alarmant dans les données présentées. On note même une baisse des blessures sévères. Une diminution des blessés dans certains sports jugés à risque comme le vélo. Et une prévalence somme toute mineure du ratio de blessés par sportif (11%).

Vrai, on déplore une hausse des blessures en général. Mais celle-ci est attribuable, essentiellement, à deux sports: le patin à roues alignées et le soccer. Et pourtant, les auteurs ne se contentent pas de proposer de cibler ces sports, ils recommandent des campagnes de prévention qui «tiennent compte» aussi des bobos des joggeurs et des... marcheurs! Un casque, avec ça?

Le manque de perspective de l'INSPQ est évident. D'autant que l'étude fait ressortir, sans autre analyse, une «baisse de la participation régulière aux activités récréatives et sportives en 2009-2010», particulièrement chez les 6-11 ans.

Ne cherchez plus! Il est là le bobo! Non pas dans les risques de bouger, mais bien dans les dangers de l'inactivité.