Il n'aura fallu que quelques heures pour que l'espoir d'une résolution prochaine du conflit étudiant disparaisse...

Au sortir d'un marathon d'une vingtaine d'heures de négociations, samedi, étudiants, recteurs et ministres se félicitaient d'une issue atteinte grâce aux concessions accordées, de part et d'autre. Même la CLASSE se réjouissait que la «grève ait porté fruit».

Puis au fil des entrevues et des sorties publiques, «l'entente gagnante gagnant» s'est transformée en pis-aller, puis en simple «offre du gouvernement» ... que ce dernier n'a pu s'empêcher de minimiser.

Plutôt que de mettre la table pour un retour en classe, plutôt que de vanter les mérites d'une entente qui, sans être parfaite, a le mérite de rapprocher des positions diamétralement opposées, les acteurs du conflit l'ont ainsi miné, chacun à leur façon.

La ministre de l'Éducation, d'abord, a nui à sa propre cause. Plutôt que de vanter les mérites de l'entente en vue des votes qui se tiendront toute la semaine, elle a souligné à grands traits la victoire du gouvernement, répétant sur toutes les tribunes que «les hausses sont maintenues intégralement» et que les réductions de dépenses sont tout à fait hypothétiques.

«S'il y a des gains, je dis bien s'il y a des gains (...) dûment identifiés par l'ensemble des partenaires du conseil», a-t-elle insisté, seulement là pourra-t-il y a avoir diminution des frais afférents. Un discours repris par des membres du conseil des ministres et par la Conférence des recteurs.

Cela dit, l'attitude des associations depuis trois jours est tout aussi dommageable. La CLASSE a complètement retourné sa veste, demandant à ses membres de prendre position sur une entente... qui lui donne l'impression de «s'être fait avoir».

Quant à la FECQ et la FEUQ, après s'être déclarées satisfaites, elles présentent à leurs membres un document qu'elles sont incapables de qualifier d'«entente», qu'elles refusent de cautionner en recommandant son adoption et même... qu'elles veulent réécrire!

Qu'on ne se surprenne pas que la plupart des assemblées opposent une fin de non-recevoir à cet accommodement auquel les fédérations ne semblent même plus croire. Déjà, hier, une douzaine d'associations ont refusé «l'offre» du gouvernement.

Évidemment, après 12 semaines de grève, on aura compris que les parties n'ont qu'une marge de manoeuvre extrêmement limitée. La ministre Beauchamp subit les pressions d'un caucus intransigeant sur les droits de scolarité. Les fédérations craignent que toute concession se traduise par un effritement de leur effectif. Et la CLASSE est composée d'associations rigides.

En pareilles circonstances, les parties avaient le devoir d'approuver ensemble chaque virgule de l'entente et des communiqués avant de sortir triomphantes ou même souriantes, quitte à demeurer cloîtrés 24 heures de plus.

Les associations et le gouvernement partagent ainsi la responsabilité de cet échec. Ils n'ont d'autre choix que de se rasseoir.