«400, c'est 400.» Le maire Régis Labeaume avait promis que le futur amphithéâtre de Québec coûterait 400 millions$, et il a confirmé, dimanche, une entente de gestion en vue de la construction d'un amphithéâtre à 400 millions, pas un sou de plus.

Du moins, c'est ce qu'il prétend grâce à une variante de la «comptabilité créative»: on distribue les dépassements à d'autres, on les expurge des colonnes de chiffres, et ta-dam! , on se retrouve avec une belle facture ronde de 400 millions...

Or quiconque s'arme d'une calculatrice s'apercevra que contrairement à ce qui a été dit ce week-end, le coût prévu de l'amphithéâtre a augmenté. Et ce, malgré les efforts consacrés à réduire la facture.

La Ville de Québec, en effet, a travaillé fort pour ramener les coûts galopants vers les 400 millions promis. Elle a déménagé le projet sur un site non contaminé (- 42 M$), elle a réduit l'ampleur de l'édifice (-17 M$) et elle a retranché des centaines de cases de stationnement (-21 M$).

Mais cela n'était pas suffisant. Il restait encore des dizaines de millions à expurger. Québec a donc choisi de les refiler.

D'abord, le gouvernement du Québec, en plus d'assumer la moitié de la facture, a indiqué dimanche qu'il épongerait aussi la TVQ (ce qu'Ottawa fait aussi). Cela était prévisible car le bâtiment a vocation commerciale. Mais pourquoi, dans ce cas, le maire a-t-il répété pendant des mois que la facture de 400 millions incluait les taxes... sachant qu'il n'en paierait pas? On efface tout de même 35 millions...

Ensuite, le gouvernement du Québec, encore lui, accepte de mettre une croix sur le salon de jeu Ludoplex que gère Loto-Québec, des locaux qui s'ajouteront ainsi gratuitement à l'amphithéâtre. Un cadeau de 15 millions.

Mais ce faisant, on «délocalise» certains coûts. Car non seulement l'aménagement du Ludoplex avait coûté 33 millions à l'État en 2007, mais sa relocalisation sera elle aussi assumée par l'État. «Il y aura un investissement, a reconnu la ministre Courchesne. Mais je ne pense pas que ça soit une dépense» ...

Même son de cloche de la part du maire de Québec, qui ne veut pas entendre parler de ces millions refilés ou des recettes fiscales du Ludoplex qu'il devra oublier. «Calculez-le comme vous voulez, faites ce que vous voulez, nous autres, ça donne 400 au bout, puis on a ça pour 400 millions et c'est fini.»

Le problème, il est là. Au-delà des millions qui ne sont pas pris en compte, il y a ces arguments péremptoires, cette façon d'imposer ses vues même lorsqu'elles sont discutables. Un style qui sied peut-être aux électeurs de Québec, mais qui passe moins bien avec les contribuables du Québec.

Et le gouvernement, néanmoins, d'applaudir, d'accepter d'ouvrir généreusement ses coffres, même si Régis Labeaume n'a présenté aucun document dimanche, même s'il refuse de dévoiler son montage financier, même si on attend toujours le programme fonctionnel et technique du projet. Et même si, finalement, 400 ce n'est pas 400.