Il aura fallu dix ans à la Communauté métropolitaine de Montréal pour pondre un plan de développement du Grand Montréal. Mais en réalité, c'est plus de 45 ans qui auront été nécessaires à la région pour se doter d'une telle vision d'aménagement.

Il faut en effet remonter à 1967, avec le Plan témoin Horizon 2000 du maire Drapeau, pour bien comprendre l'importance du Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD), entré en vigueur mardi.

Déjà, à l'époque, le service d'urbanisme déplorait que «seul l'appât du gain règle l'aménagement du territoire». «La croissance de Montréal ne peut s'effectuer de façon cohérente que dans le cadre d'un plan d'aménagement de la région», affirmait alors la Ville dans une vidéo psychédélique projetée à la Place des Arts (à visionner sur le blogue Quel avenir pour Montréal?).

Or les beaux plans visant une urbanisation plus compacte ont eu beau se succéder en grand nombre depuis les années 60, de l'Option préférable d'aménagement de 1978 au Cadre d'aménagement de 2001, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit.

Le réseau routier n'a cessé d'étendre ses tentacules, la frontière des couronnes montréalaises a constamment été repoussée et quelque 3000 hectares de terres agricoles ont été sacrifiés... au cours des dix dernières années seulement.

Le PMAD arrive donc à point nommé avec ses cibles, ses contraintes et ses exigences. Pour la première fois, un document coercitif signé par les maires de la région vise une réduction de la motorisation, impose un gel des terres agricoles et contraint un développement autour des noyaux de transport collectif.

Certains y voient un paquet de voeux pieux, un autre. Mais jusqu'à preuve du contraire, le Plan semble cette fois-ci suffisamment contraignant pour bien encadrer le développement des prochaines années.

Cela dit, si les citoyens ne sont pas vigilants, s'ils ne participent pas à l'agora métropolitaine qui se tiendra aux deux ans, le PMAD pourrait tranquillement devenir une passoire, au fil des ans. Comme ce fut d'ailleurs le cas pour la loi sur la protection du territoire agricole, quelques années seulement après son entrée en vigueur en 1978.

Voilà donc ce qu'il faudra surveiller de près avec le PMAD: les autorisations douteuses, les échappatoires et les exclusions qui pourraient détourner la région de ses louables intentions, comme en témoigne le sort du Boisé des Hirondelles à Saint-Bruno, par exemple.

Pour ce faire, la CMM devra veiller au respect du PMAD, revoir le financement du transport en commun et mettre en place la fameuse ceinture verte du Grand Montréal. Québec devra pour sa part privilégier le développement du transport en commun plutôt que celui du réseau routier.

Mais ce seront, d'abord et avant tout, aux villes de prouver leur bon vouloir en cessant d'aborder le territoire comme un vaste terrain vague en attente de développement... et aux citoyens d'exiger qu'il n'en soit plus ainsi.