À l'approche du premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, les écologistes multiplient les coups d'éclat afin de convaincre le gouvernement de fermer Gentilly-2. Ils font valoir les risques que poseraient une brèche de sécurité ou un séisme sur les populations environnantes.

Or si les groupes ont raison de brandir l'immense risque que représenterait la réfection de la centrale nucléaire, celui-ci n'a rien à voir avec les dangers de l'atome: il est essentiellement financier.

Il n'y a en effet qu'à inscrire la réfection de la centrale dans son contexte, national et international, pour se convaincre du caractère inéluctable d'une explosion des coûts, lesquels sont déjà passés de 1,4 à 2 milliards de dollars...

Il y a d'abord l'historique des projets de construction au Québec, pour lesquels le dépassement de coût est devenu la norme. Il y a la réfection en cours d'une centrale jumelle au Nouveau-Brunswick, qui en plus d'être en retard de trois ans a vu sa facture bondir - pour l'instant - de 50%. Il y a les contrecoups de Fukushima, qui se traduiront par des exigences sécuritaires coûteuses. Et il y a, bien sûr, les impondérables.

Veut-on collectivement se lancer dans une aventure aussi risquée? Pour maintenir en état de marche une centrale nucléaire dont la nécessité reste à prouver? Qui ne fournit qu'à peine 3% de l'électricité de la province?

Le gouvernement rétorque que le Québec ne peut se passer des 800 emplois que la réfection créerait et de l'expertise nucléaire que Gentilly a permis de développer. Mais ces arguments ne tiennent pas la route.

D'abord parce qu'un gouvernement qui voudrait dépenser 2 milliards pour maintenir quelques centaines d'emplois nous mènerait tout droit à la faillite. Ensuite parce que le déclassement de la centrale en créerait au moins 400, en plus de permettre le développement d'une expertise autrement plus pertinente que celle permettant d'opérer une centrale CANDU...

L'heure, en effet, est au déclassement de centrales en Occident, une industrie en plein essor, évaluée à quelque 100 milliards, dans laquelle le Québec aurait intérêt à s'inscrire. Pensons à la quinzaine de centrales que l'Allemagne fermera d'ici dix ans ou aux nombreuses autres à déclasser en Europe de l'Est, en Grande-Bretagne et en Ontario.

Le déclassement d'une centrale est un chantier de grande envergure, qui peut s'étirer sur une décennie. On doit démanteler l'installation, décontaminer les structures, assainir les sols contaminés, gérer les déchets produits, etc.

Voilà un projet porteur pour la région de Trois-Rivières, un projet durable également puisqu'il a valeur d'équité: on dépense immédiatement 1,6 milliard pour déclasser Gentilly, éliminant ainsi une facture que l'on refilerait autrement aux générations futures...

Le nucléaire est indispensable là où les ressources énergétiques naturelles sont inexistantes et la population est croissante. Mais certainement pas au Québec.