Les plus récentes données sur le décrochage scolaire, dévoilées lundi, font l'objet d'interprétations opposées. La ministre Beauchamp y voit une baisse «encourageante» du nombre de décrocheurs... alors que les enseignants y voient une preuve que «la situation continue de s'aggraver».                

De prime abord, les chiffres semblent donner raison à la ministre: le taux de décrochage est passé au Québec de 24,5% à 17,4% entre 1999 et 2010. Mais la Fédération autonome de l'enseignement rétorque que cette baisse est «artificielle», qu'elle s'explique par l'octroi de qualifications à rabais à des milliers d'élèves que l'on envoie chaque année vers la «voie de garage» qu'est la formation adaptée.

Bon point. Le gouvernement ne vise plus une cible de diplomation, mais bien un objectif de «diplomation et de qualification». Aux diplômes d'étude secondaire et professionnelle, il ajoute ainsi, sans discrimination, les certificats de formation à un métier semi-spécialisé.

Or, cette voie alternative est offerte à la fin de la 2e année du secondaire aux élèves en grande difficulté d'apprentissage qui n'ont pas les compétences pour obtenir un diplôme. Elle peut les mener à divers emplois comme emballeur, plongeur ou aide-concierge.

Au cours des dernières années, le nombre d'élèves ayant été orientés vers ces classes a augmenté, principalement en raison de la finesse des diagnostics et de l'attention portée aux élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage. Environ 3000 certificats sont émis chaque année.

Il s'agit, bien souvent, d'une occasion de la dernière chance pour des élèves qui décrocheraient autrement. Avec ce certificat en poche, ils se sentent mieux outillés pour se trouver un emploi ou carrément pour «raccrocher» en s'inscrivant à l'éducation pour adulte (ce que les deux tiers d'entre eux font, selon le Ministère).

En ce sens, la FAE est trop sévère quand elle parle de «voie de garage» et de «diplôme maison», car ces classes permettent de «maintenir un rapport à l'école et à l'apprentissage formel», comme le souligne la professeure Thérèse Laferrière, de l'Université Laval. Et en ce sens, elles servent moins de déversoir, jusqu'à preuve du contraire, que d'avant-dernier recours.

Tous les élèves n'ont pas le potentiel de terminer leur secondaire. Le système d'éducation étant un énorme filet, il vaut mieux attraper le plus de jeunes possibles, quitte à donner une formation plus sommaire, mais adaptée à une minorité d'entre eux (moins de 2% du taux de diplomation et de qualification).

Cela dit, la FAE a parfaitement raison de dire que les certificats ne sont pas des diplômes. Et qu'en ce sens, ils n'ont pas à être amalgamés dans les données du ministère. On parle tout de même de qualifications obtenues sans une maîtrise suffisante du français et des mathématiques, grâce à une seule présence en cours.

Il est certes louable de vouloir donner une chance à tous, mais cela ne doit pas devenir un prétexte - un autre - pour manipuler les statistiques.