L'entrepreneurship est-il incompatible avec la vie de famille et la qualité de vie?

Jean Coutu pense que oui. Mardi, l'homme d'affaires s'est désolé que les plus jeunes optent pour la qualité de vie aux dépens de l'effort. Il déplore l'importance qu'ils accordent à la conciliation travail-famille.

«Quand on est gâté, on ne peut pas être un entrepreneur», a-t-il dit.

Le clivage générationnel est évident. En déplorant l'existence d'un déséquilibre entre le travail et la qualité de vie au profit de cette dernière, Jean Coutu montre l'immense difficulté qu'auront les générations, à l'avenir, à concilier leur vision de l'entrepreneuriat.

L'écart réside, en bonne partie, dans la dichotomie qu'introduit Jean Coutu entre «effort» et «qualité de vie», entre «travail acharné» et «conciliation travail-famille». Si ces éléments étaient incompatibles à une certaine époque, ils ne le sont plus pour les générations X et surtout, Y.

Le bourreau de travail, jadis valorisé, l'est beaucoup moins aujourd'hui, comme le répète l'entrepreneur américain Jason Fried tout au long de son best-seller Rework, sorte de bible de l'entrepreneuriat 2.0.

Les travailleurs et entrepreneurs dans la trentaine se disent moins prêts à se «tuer à l'ouvrage». Ils veulent maximiser leur temps, organiser leur horaire afin de pouvoir se rendre à la garderie, remplacer les interminables lunchs d'affaires par le gym lorsque possible, etc.

Bien des jeunes entrepreneurs valorisent l'effort, le travail et la persévérance, mais n'acceptent pas de mettre une croix sur les conjoints et enfants pour autant. «Aujourd'hui, la conciliation travail-famille est un must et ne nuit pas du tout à l'ardeur au travail», estime Chris Arsenault (40 ans, trois enfants), fondateur d'iNovia Capital. «Il y a certainement moyen de concilier les deux, surtout au Québec où on valorise davantage cet équilibre qu'à Londres et New York», renchérit Philippe Boisclair (43 ans, deux enfants), cofondateur de Développement McGill et fondateur de Canadian Wood Products.

Cela dit, Jean Coutu a raison de dire que le Québec a un problème d'entrepreneuriat. On compte ici moins de propriétaires d'entreprises et de personnes désireuses de se lancer en affaires qu'ailleurs au pays. «Il faut encourager l'émergence d'un véritable renouveau entrepreneurial», croit Nathaly Riverin, vice-présidente de la Fondation de l'entrepreneurship.

Vrai, mais on ne donnera certainement pas un second souffle à l'entrepreneuriat... en y appliquant les recettes d'antan. Ce que nous dit cette nouvelle génération, c'est qu'elle ne veut pas tout sacrifier sur l'autel des affaires, quitte à bâtir des entreprises moins imposantes, à racheter des compagnies existantes, à mettre une croix sur l'international.

Est-ce que cela pose des défis collectifs? Certainement. Mais plutôt que de culpabiliser les jeunes, attaquons-nous à ces questions avec plus d'ouverture. Menons la réflexion à partir de cet état de fait plutôt que de le condamner.