François Legault aura profité des derniers mois pour répéter son discours, roder son message, baliser sa plateforme. Sa tournée du Québec lui aura ainsi permis de prendre ses aises, de se créer une zone de confort.

Il doit maintenant en sortir...

Le chef de la toute nouvelle Coalition avenir Québec a en effet suggéré des solutions précises à des problèmes précis. Mais puisqu'on ne se lance pas en politique comme on met en marché une lessive, les slogans et propositions sur-mesure devront laisser place à un discours plus approfondi, qui s'attaque à l'ensemble des enjeux québécois. Pas seulement aux quatre priorités identifiées.

Deux défis attendent ainsi François Legault au cours des prochains mois: approfondir ce qui est connu, et s'aventurer dans l'inconnu.

D'abord, il devra expliciter ses positions, réduites pour l'instant à leur plus simple expression. C'est bien beau de vouloir réinvestir un milliard en éducation, mais encore faut-il préciser comment - et à quel prix - on compte expurger Hydro-Québec de 600 millions$ par année? Comment on réussira à engranger chaque année 280 millions$ en remplaçant les commissions scolaires par des structures allégées?

L'aventure malheureuse du maire Rob Ford, élu à la tête de Toronto avec promesse de couper dans le gras mais incapable d'en trouver une fois au pouvoir, nous incite à la plus grande prudence face à ce genre de discours.

Plus encore, la CAQ devra mettre de la viande autour des quelques os lancés sur la place publique. Elle propose d'évaluer les enseignants, sans dire comment. Elle souhaite une pause de deux ans en immigration, sans en avoir évalué les impacts. Elle entend moduler par programmes les droits de scolarité, sans préciser comment elle s'y prendra pour maintenir l'universalité dans toutes les facultés.

Il est facile de s'inspirer de ce qui se fait ailleurs, de prendre de bonnes idées à droite et à gauche, puis de plaquer le tout aux problèmes québécois. Mais bien souvent, l'arrimage culturel s'avère plus difficile que prévu, d'où l'importance de bien cerner les conséquences de chaque solution proposée.

Parallèlement, François Legault devra s'aventurer en zones d'inconfort, il devra prendre position sur une foule de dossiers qu'il n'a pas encore osé aborder, de l'énergie aux inégalités sociales, en passant par les garderies, les ressources naturelles, la pollution, le transport, les villes, les aînés, les familles.

Le chef de la Coalition avenir Québec a dit hier ne pas vouloir s'éparpiller. Soit. Mais une vision ne peut se résumer en cinq points faciles. François Legault devra donc combler ses nombreux «on verra» d'hier, il devra mieux se positionner sur l'échiquier gauche-droite. Et plus tôt que tard, s'il entend faire rentrer la CAQ au Salon bleu dès février prochain, comme il l'a prédit.

On peut certes refuser les étiquettes tout en proposant une vision claire de l'avenir. Mais on ne peut se contenter d'une vision basée en grande partie sur le refus des étiquettes.