On a souligné hier les 10 ans des fusions municipales, autant dire de l'interminable saga des fusions-défusions dont Montréal ne s'est toujours pas remis.

Certains en veulent à la fusion, qui les a éloignés des décisions municipales. D'autres en ont contre la défusion, qui a torpillé le regroupement des villes de l'île. Mais à la lumière du sondage Angus Reid publié aujourd'hui dans nos pages, force est de conclure que le grand coupable n'est ni la fusion, ni la défusion. C'est plutôt la décentralisation...

Avouons-le, il est bien difficile d'imputer au regroupement ou à la reconstitution des villes les problèmes constatés aujourd'hui à Montréal. Le déneigement a-t-il vraiment souffert de la fusion? Ou a-t-il plutôt été victime de la défusion? Pas évident.

Cela se reflète dans notre sondage. Une majorité de répondants se désole de la détérioration de plusieurs services, comme le stationnement, la voirie, la propreté et le déneigement, justement. Mais en même temps, 66% d'entre eux disent ne pas avoir été affectés par la fusion des villes de l'île...

Contradictoire? Pas du tout. Les Montréalais constatent qu'ils en ont moins pour leur argent depuis dix ans, mais ils sont bien en peine de lier cela à la loi 170 (fusions) ou à la loi 9 (défusions). Avec raison, car le grand responsable de cette détérioration est ailleurs, dans l'obscure loi 33 oubliée avec le temps.

Que visait-elle, au juste? La décentralisation des pouvoirs vers les arrondissements, une exigence des banlieues qui s'en sont servies comme monnaie d'échange pour ne pas défusionner en 2003. Une exigence à laquelle Gérald Tremblay a malheureusement acquiescé, créant ainsi un double éclatement le jour du référendum: éclatement à l'extérieur de Montréal avec le départ de 15 villes, et éclatement à l'intérieur de Montréal avec une atomisation des pouvoirs vers les 19 arrondissements.

Or, que certaines villes de l'île aient choisi de demeurer autonomes, comme Kirkland ou Montréal-Est, cela n'a pas nui outre mesure à la grande ville. Mais que la grande ville soit composée de municipalités qui n'en ont pas le nom et de maires élus au suffrage universel, voilà qui l'empêche de devenir une métropole forte et cohérente.

Montréal est donc, aujourd'hui, tout aussi inéquitable, surgouvernée et ingérable qu'elle l'était en 2001. Elle l'est même plus.

Voilà précisément ce contre quoi les répondants au sondage s'élèvent: trop de taxes (58%), trop d'élus (74%), trop peu de services pour ce qu'ils déboursent (55%). Et voilà ce qui explique que la fusion de Québec est un succès pour 70% des sondés, mais pas celle de Montréal qui ne récolte que 36% d'appréciation. Rappelons-nous que l'ex maire L'Allier avait refusé, lui, de se plier aux compromissions des banlieues qui souhaitaient recouvrer leurs anciens pouvoirs...

Un grand ménage s'impose donc aujourd'hui, comme le propose Louise Harel au grand dam du maire, qui ne veut même pas voir l'ombre d'un début de discussion sur le nombre d'élus. Un ménage qui permettrait enfin aux Montréalais de s'approprier leur ville, seule façon de surmonter le traumatisme de la réorganisation.