Le réseau d'eau potable de Montréal est dans un état épouvantable. Loin des regards, les conduites rouillent et se perforent à un rythme soutenu depuis des décennies. Sur 10 litres d'eau traités par la Ville, quatre s'écoulent par un trou ou un autre...

Pas sorcier, Montréal s'est tout simplement abstenu d'entretenir son réseau pendant les 50 dernières années, se contentant de rabibocher les conduites pour éviter le pire.

On n'a qu'à s'attarder aux dépenses des 20 dernières années pour s'en convaincre. Les investissements des municipalités de l'île ne dépassaient pas les 16 millions annuellement durant les années 90. Des «peanuts» pour un réseau qui dépasse les 11 000 km de conduites de toutes sortes... dont une bonne partie a plus de 100 ans!

Puis il y a eu un cri d'alarme lancé au comité de transition, suivi d'un rapport alarmant signé SNC-Lavalin, en 2002. Les investissements ont alors grimpé d'un coup, atteignant 216 millions par année récemment.

C'est beaucoup... mais pas assez! Le constat dressé par SNC n'était en effet que théorique. L'entreprise s'était contentée de lire des documents et de recueillir des témoignages. Elle avait déduit que l'état du réseau était lamentable, elle ne l'avait pas constaté.

Or ce constat ayant été fait depuis, il révèle non seulement que les plans d'action et de financement de 2003 étaient insuffisants, mais que du coup, le déficit d'entretien a continué de se creuser. Sur 100 km de canalisation, on déplore 29 bris... par année! Plus que dans la plupart des villes comparables.

La faute incombe aux administrations successives qui se sont dérobées à leur responsabilité. Mais aussi à l'actuelle administration, qui par sa gestion honteuse du contrat avec GÉNIeau, truffé d'irrégularités, a retardé l'installation des compteurs d'eau, outils pourtant essentiels à l'évaluation du rendement des programmes de réparation des infrastructures.

Ce ne sont donc plus 2 milliards sur 20 ans que le problème commande, comme on le prévoyait jusqu'ici, mais bien 4,6 milliards... sur 10 ans! À quoi il faut ajouter 3,9 milliards en budget de fonctionnement!

Les Montréalais vont hurler, avec raison. Mais ils devront, hélas, assumer la facture (à raison de 48$ pour qui paye 4000$ en impôt foncier). D'abord parce que l'eau est essentielle, qu'on ne doit lésiner ni sur sa qualité ni sur sa bonne gestion. Ensuite parce que ce fardeau ira grandissant s'ils ne s'y attaquent maintenant.

La stratégie de l'eau proposée par le comité a le mérite de prendre le problème à bras le corps et... de tourner la page du scandale des compteurs d'eau. Le plan de financement sur 10 ans est réaliste, le programme d'installation des compteurs par les cols bleus est prudent et le programme de mise à niveau du réseau est... inévitable.

Il reste certes quelques zones d'ombre à éclairer, comme l'a souligné l'opposition, mais dans l'ensemble, les solutions proposées sont à la hauteur de ce problème trop longtemps ignoré.

francois.cardinal@lapresse.ca