Vous souhaitez avoir une idée de ce que votre enfant deviendra plus tard? Du nombre d'années qu'il passera sur les bancs d'école? De ses futurs diplômes, de ses possibilités d'emploi, de son salaire?

François Cardinal LA PRESSE

Oubliez la boule de cristal, vous n'avez qu'à vous attarder à ses compétences en lecture...

Les études scientifiques sont en effet quasi unanimes à ce sujet: il existe une corrélation positive entre les aptitudes en lecture d'un enfant et sa réussite scolaire. Et donc, sa future réussite sociale et professionnelle.

Prenons un groupe d'enfants de 15 ans. Si le passé est garant de l'avenir, presque tous ceux qui lisent avec habileté termineront leur secondaire avant l'âge de 19 ans... mais à peine deux piètres lecteurs sur trois en feront autant. Pire, parmi ceux que les mots rebutent, à peine un sur trois poursuivra des études postsecondaires...

On peut facilement imaginer la suite. Dix ans plus tard, alors qu'ils n'auront que 25 ans, le revenu annuel moyen des bons lecteurs dépassera les 44 000$, mais celui des moins bons plafonnera à 40 000$. Un écart de 10%, selon Statistique Canada, appelé à se creuser au fil des années.

Bref, dis-moi si tu lis, je te dirai qui tu seras...

Après tout, la lecture est une compétence transversale à elle seule. Comment apprendre à écrire si on ne peut se relire? Faire un exercice de mathématique qu'on peine à parcourir? Mémoriser les grandes lignes de l'histoire si ces mêmes lignes sont du charabia?

Or, quand on regarde l'école sous cet angle, la plus récente enquête PISA n'a rien de bien réjouissant. Elle nous apprend en effet que le rendement en lecture a diminué en 10 ans au pays, que les rangs des élèves «très performants» se dégarnissent et que la moitié des provinces ont connu des «diminutions significatives» des niveaux de compétence en lecture. Le Québec, qui se classe depuis quelques années sous la moyenne canadienne, est malheureusement du lot...

La CSQ a donc parfaitement raison de sonner l'alarme, comme elle l'a fait mercredi. Le programme de formation de l'école québécoise se contente tout bonnement de trop peu.

On fait certes découvrir les livres en classe, on développe le plaisir de lire, mais on n'offre pas d'apprentissage systématique de la lecture dès le premier cycle du primaire. Une approche qui favorise les meilleurs élèves, ceux qui sont déjà encouragés à lire à la maison, et qui rend à peu près impossible le dépistage précoce des enfants en difficulté.

Pourtant, tout le monde s'entend sur la nécessité d'intervenir tôt, lorsqu'il y a difficultés d'apprentissage, afin d'éviter les conséquences à long terme. Surtout chez les garçons, qui manifestent un retard en lecture de plus d'un an sur les filles au secondaire. Des garçons, sans surprise, qui accumulent plus de retards scolaires, se désintéressent de l'école et décrochent en plus grand nombre...

Les compétences en lecture n'expliquent pas tout. Mais sans un apprentissage systématique de la lecture et une valorisation des livres à la maison, les mesures visant à contrer le décrochage n'auront qu'un impact négligeable.

francois.cardinal@lapresse.ca

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