Un groupe de 12 «jeunes» députés du Parti québécois s'est adressé directement à Jacques Parizeau dans une lettre publiée cette fin de semaine dans Le Devoir. Les signataires invitent l'ancien chef à leur «faire confiance» et même à se tasser pour leur laisser la place...

M. Parizeau a promis une réponse détaillée aujourd'hui, mais déjà, en un mot lancé samedi en marge d'un colloque sur la souveraineté, il a résumé la missive avec justesse: «étrange».

La lettre est en effet étrange, tant par sa forme que son contenu. Signée par le «Collectif de jeunes députés du Parti québécois», elle regroupe les membres du caucus qui n'étaient pas nés lors de la fondation de la formation, en 1968.

D'un coup de cuillère à pot, les signataires récupèrent ainsi l'étiquette de leur aile jeunesse, «porte-parole des 16 à 30 ans». Ils transforment des quarantenaires en «jeunes», façon peu subtile de traiter M. Parizeau - et les récents démissionnaires par association - de «vieux», de les évacuer sous prétexte qu'ils ne partagent pas les soucis de la génération montante.

Pour ajouter l'insulte à l'injure, les auteurs précisent qu'eux sont de cette «génération qui fait du développement durable, de l'indépendance énergétique et de la protection de l'environnement une priorité». Eux sont «ouverts sur le monde», eux sont «préoccupés par la qualité de vie et le sort de ceux qui vivent aux quatre coins de la planète».

De l'âgisme? Autant que le serait la lettre d'un jeune cinéaste demandant à Woody Allen de se tasser parce qu'il fait de l'ombre à la relève ou qu'il ne maîtrise pas la technologie 3D...

Ce qui nous amène au contenu tout aussi «étrange» de la lettre. Étrange, car les auteurs s'en prennent à Jacques Parizeau, celui qui a fait du pont intergénérationnel sa marque de commerce. Pourquoi donc le balayer d'un revers de main, plutôt que de lui tendre celle-ci?

Étrange parce qu'on ne précise jamais en quoi cette lettre ne s'adresse pas aux autres «vieux», ceux qui sont au sein du PQ. Ou en quoi les années de service de Pauline Marois sont salutaires, mais celles de M. Parizeau handicapantes. La date de péremption se situe où, exactement? La lettre ne le précise pas.

Étrange, aussi, parce que plusieurs signataires ont profité d'une visibilité médiatique tout à fait méritée au cours des dernières années, sans jamais avoir à la quémander. Pensons à Nicolas Girard, qui a mené l'affaire Tomassi de main de maître. Ou à Véronique Hivon, qui a coprésidé avec brio la commission Mourir dans la dignité. Ces députés, au même titre que les François Rebello, Sylvain Gaudreault, Pascal Bérubé et Martine Ouellet, ont-ils vraiment besoin que Jacques Parizeau se taise pour «exister»?

Étrange, enfin, parce qu'on ne trouve rien dans la missive qui démontre que ces députés incarnent le changement qu'ils promettent. Au contraire, leur appui tacite au projet de loi bâillon sur l'amphithéâtre prouve qu'il ne suffit pas d'avoir moins de 50 ans pour «faire de la politique autrement».

francois.cardinal@lapresse.ca