Le Québec est mûr pour une visite chez le psychologue. C'est la conclusion du Comité performance de l'industrie touristique présidé par Gilbert Rozon, qui en appelle à une sérieuse remise en question existentielle.

Le Québec est mûr pour une visite chez le psychologue. C'est la conclusion du Comité performance de l'industrie touristique présidé par Gilbert Rozon, qui en appelle à une sérieuse remise en question existentielle.

Assise sur ses habitudes, engoncée dans ses vieux habits, la province ne sait plus trop ce qu'elle vaut, elle peine à se démarquer, elle a perdu ses atouts, ses ambitions. Bref, elle vit une profonde crise... ce qui n'a rien pour séduire les touristes.

Alors que le nombre de voyageurs augmente dans le monde, la clientèle américaine délaisse ainsi le Québec (-29%), le secteur privé n'investit plus (-30,6%), les recettes de l'industrie baissent et les parts de marché aussi.

La force du dollar canadien n'y est pas étrangère, certes, mais à toujours répéter une telle chose, on en est venu à se convaincre que le seul attrait du Québec était de ne pas coûter cher... d'où un manque de volonté d'investir, de moderniser, d'améliorer le produit touristique.

On se retrouve ainsi avec une tour inclinée majestueuse... qui n'offre que de la malbouffe et un horaire qui se termine à 19h. Un chemin du Roy datant du XVIIIe siècle... qui est parsemé de casse-croûte défraîchis et d'auberges aux mêmes vieilles fleurs séchées. Des autoroutes en pleine campagne... qui sont tapissées d'immenses affiches publicitaires.

Pour renverser la vapeur, le rapport Rozon propose de réinvestir massivement en se concentrant sur trois axes: les portes d'entrée que constituent Montréal et Québec, le fleuve et quelques pôles touristiques forts.

Intéressant. Mais pour qu'une telle offre (ville, eau et paysages) se distingue de ce qu'on retrouve à proximité, il ne faut pas se contenter de brochures touristiques. Il faut aller plus loin, augmenter la qualité de l'accueil et multiplier les attraits spectaculaires.

Les touristes sont aujourd'hui très informés, ils voyagent plus qu'avant, ils cherchent donc des éléments originaux qui les surprennent. Le BIXI en est, le Moulin à images, la Route verte, la promenade Champlain. La F1 aussi, les Piknic Electronik, Igloofest, l'exposition Indiana Jones. Voilà qui peut attirer les médias étrangers et... le touriste de l'Illinois qui regarde sur le web ce qui s'offre à lui.

La future plage du Vieux-Port, en ce sens, est un bon exemple de projets porteurs (mais pas l'idée de remplir le silo no 5 de serveurs informatiques!), de même que le Moulin à images 3D et l'éventuel réaménagement du site du Stade olympique.

En un mot, il faut profiter des singularités de la ville pour en faire des attractions tout aussi singulières, comme New York et son High Line Park, Paris et ses plages de bord de Seine ou Toronto et sa tour du CN désormais ouverte aux balades extérieures à 360 mètres du sol!

Ne fabulons pas. Québec ne sera jamais «une destination touristique de calibre mondial», comme en rêve le comité Rozon. Mais la province a certainement le potentiel de se démarquer à sa façon... à condition qu'elle accepte d'abord de se remettre en question.