L'hôtel de ville de Montréal ressemble à s'y méprendre à un Vaudeville, avec ses portes qui s'ouvrent et claquent, ses personnages qui entrent puis disparaissent, ses multiples rebondissements... et ce maire, tel un mari cocu, qui joue encore et toujours les victimes.

La dernière représentation s'est ouverte hier matin, alors que Gérald Tremblay a appris en lisant La Presse qu'un élu de son propre caucus avait été espionné par le contrôleur général de la Ville. Une allégation que M. Tremblay avait pourtant démentie à plusieurs reprises dans le passé, le plus formellement du monde, une main sur le coeur et l'autre sur un avis juridique concluant à l'illégalité d'un tel geste...

Déjà troublants, les faits le sont encore plus quand on s'aperçoit que les limiers du maire n'ont pas enquêté sur un élu parmi tant d'autres, mais sur le président du conseil, Claude Dauphin! Après avoir osé faire subir le même sort au vérificateur général et, possiblement, au chef du service de police!

Coup sur coup sur coup, ce sont trois piliers de la démocratie montréalaise qui sont attaqués dans ce qu'ils ont de plus précieux, leur indépendance.

Ces attaques ont-elles été téléguidées à partir du cabinet du maire? Peut-être, mais tout cela ressemble davantage à de l'incurie politique, un dangereux désordre lié directement au manque de leadership de M. Tremblay. Un manque de leadership qui ressemble de plus en plus à de l'incompétence.

Si le maire s'est senti obligé de faire le ménage en 2009, de remercier ses plus importants lieutenants et de promettre qu'il aurait désormais l'oeil ouvert, c'est qu'il avait perdu tout contrôle de l'hôtel de ville.

S'il a exigé la tête du vérificateur général plus tôt cette année, s'il a demandé au ministre Lessard d'enquêter sur ce dernier et s'il demande la tête du président du conseil municipal (pour une histoire locale nébuleuse) sans même en référer aux autres chefs de parti, c'est qu'il confirme qu'il ne réussira jamais à prendre le contrôle.

L'homme a beau être à la tête de la Ville depuis bientôt 10 ans, il a beau avoir changé de nombreuses fois de chef de cabinet, il a beau répéter sur toutes les tribunes qu'il est «proactif», il subit chaque fois, telle une victime, les événements (et les manchettes, et les enquêtes, et les aléas) sans jamais avoir d'emprise sur ceux-ci, sans pouvoir donner l'heure juste, sans même être capable d'obtenir l'heure juste.

Le maire a bien essayé d'asseoir son autorité au cours des deux dernières années, mais puisqu'il en est totalement dépourvu, cela s'est traduit par une multitude de gestes improvisés, faits par des lieutenants sans encadrement qui ont fini par se croire tout permis. Ils entrent en scène sans en référer à qui que ce soit, font leur tour, puis disparaissent de nouveau dans le placard. Un vaudeville sans les rires ni les applaudissements, en somme... Un vaudeville qui a des airs de tragédie.

francois.cardinal@lapresse.ca