Ayant toute une côte à remonter dans l'opinion publique, l'Association pétrolière et gazière du Québec ne pouvait qu'accueillir favorablement le rapport du BAPE, comme l'a fait hier son président, Lucien Bouchard, en saluant la «sagesse» de ses auteurs.

Ayant toute une côte à remonter dans l'opinion publique, l'Association pétrolière et gazière du Québec ne pouvait qu'accueillir favorablement le rapport du BAPE, comme l'a fait hier son président, Lucien Bouchard, en saluant la «sagesse» de ses auteurs.

Mais cette réaction, aussi prévisible soit-elle, n'en est pas moins salutaire.

D'abord, en raison de la manière, du ton utilisé.

L'ancien premier ministre a reconnu l'«effort authentique d'analyse objective» des commissaires du BAPE. Il estime que le rapport «trace le chemin d'une démarche de réflexion et de prudence» à laquelle, a-t-il annoncé, l'industrie participera «activement» et avec «ouverture d'esprit».

Appelons cela «l'effet Bouchard», cette valeur ajoutée qui a transformé un exercice désincarné de relations publiques en une sortie empreinte d'humilité et de respect. Tout un contraste avec ce à quoi les entreprises gazières nous ont habitués...

Ensuite, parce que l'industrie accepte les nouvelles règles du jeu.

Ce n'était pas bien difficile, direz-vous. L'industrie ne perd pas autant que le prétendent les chambres de commerce et le Conseil patronal de l'environnement. On ne repousse en effet que de quelques mois une éventuelle exploitation des gaz de schiste. Et l'exploration, entre-temps, peut se poursuivre.

N'empêche, une règle plus contraignante s'applique: on retire la fracturation hydraulique du contrôle des entreprises pendant plus de deux ans, le temps de compléter l'évaluation environnementale stratégique. Ce qu'accepte l'Association gazière.

Ce n'est pas rien pour une industrie qui a dépensé 200 millions de dollars à ce jour sans résultats probants, une industrie que l'on a clouée au pilori dans le passé, avec raison, pour son manque total de sensibilité pour le territoire et ses occupants.

Le PQ balaye tout ça du revers de la main en traçant un parallèle boiteux avec la chasse à la baleine au Japon, là où le prétexte scientifique a permis tous les excès. Pourtant, avant même le dépôt du rapport du BAPE, M. Bouchard suggérait lui-même de «limiter le nombre de nouveaux forages», de «se concentrer sur les puits existants». Il serait donc suicidaire, tant pour ceux qu'il représente que pour le gouvernement, de multiplier les forages sans retenue.

Enfin, parce qu'il s'agit du dernier morceau d'une certaine paix sociale retrouvée. Les citoyens estiment avoir été entendus. Les écologistes applaudissent l'évaluation stratégique. Le gouvernement accepte l'essentiel des recommandations. Ne manquait donc que l'appui de l'industrie, qui est venu hier.

Tout n'est pas gagné pour autant. Il y a toujours autant de questions sans réponses, on ne sait s'il vaut la peine d'exploiter, s'il est possible de le faire. Les uns ont leurs appréhensions, les autres leurs réserves.

Mais il n'en reste pas moins que les commissaires du BAPE ont réalisé ce que l'on croyait impossible il y a quelques jours encore : une feuille de route maintenant paraphée par toutes les parties concernées.