Les cibles, objectifs et indicateurs de performance ont-ils leur place à l'école?

Les cibles, objectifs et indicateurs de performance ont-ils leur place à l'école?

C'est la question que posent certains professeurs, qui déplorent les contrecoups de la gestion par résultats imposée par le gouvernement Charest en 2009. Ils affirment subir des pressions depuis pour augmenter artificiellement les notes des élèves afin de faciliter l'atteinte des objectifs.

Leurs témoignages sont troublants, mais ils ne commandent certainement pas l'abandon des cibles de réussite, une approche qui a sa place partout au public si on prend la peine de la moduler par secteurs, comme cela s'est fait pour le système scolaire.

Au coeur du litige, on retrouve ces fameuses «conventions de partenariat», sorte de pacte chiffré que les commissions scolaires ont dû signer avec le ministère de l'Éducation au cours des dernières années.

Objectif: faire passer le taux de diplomation de 57% à 80% d'ici 10 ans.

Or selon certains professeurs cités hier par notre collègue Ariane Lacoursière, cette pression inciterait des directeurs à demander aux enseignants de gonfler les notes de leur classe afin que l'école honore sa cible. Bref, à niveler par le bas.

Cela prouve qu'il existe dans le réseau des directeurs malhabiles, des gestionnaires peu scrupuleux, auxquels les professeurs doivent à tout prix opposer une fin de non-recevoir. Mais il faut faire attention de ne pas tirer de grandes conclusions de certaines expériences malheureuses. Et ce, pour deux raisons.

Premièrement, la «gestion axée sur les résultats» telle que le gouvernement Charest l'a appliquée n'a rien de radical. On est loin de la méthode privilégiée aux États-Unis, ou même du «pacte» présenté hier par la coalition de François Legault, qui propose d'encourager financièrement les bons profs et de punir les moins bons.

Québec n'est pas allé aussi loin. Il s'est en effet contenté d'introduire une mesure pour évaluer les résultats, sans plus. Jamais il n'a été question de congédier, de diminuer le budget ou de réduire le salaire de qui que ce soit qui ne rencontre par les objectifs.

Tout au plus, l'école qui ne réussit pas à atteindre sa cible se voit offrir un «accompagnement» par le Ministère, une menace qui ne justifie guère une manipulation des notes des élèves...

Deuxièmement, il existe plusieurs garde-fous qui réduisent les chances que le traficotage des notes se fasse à grande échelle. Pensons au futur bulletin qui sera basé sur l'apprentissage de connaissances bien précises, ce qui rend une évaluation complaisante plus difficile. Ou aux examens du Ministère, qui diminueront aussi les chances de triche.

Une école pourra bien manipuler les bulletins de ses élèves, mais ce stratagème sautera aux yeux le jour où les résultats des examens nationaux seront connus et l'écart entre les notes de l'un et de l'autre ainsi révélé.

Entendons-nous, le nivellement par le bas est certainement une menace dans le milieu scolaire, au Québec. Mais jusqu'à preuve du contraire, la gestion par résultats n'en est pas responsable.