La colère des résidants de Mascouche est partagée par bien des Québécois, exaspérés par la culture d'impunité qui semble régner en politique.

La colère des résidants de Mascouche est partagée par bien des Québécois, exaspérés par la culture d'impunité qui semble régner en politique.

On a tous vu les images de cette séance extraordinaire du conseil municipal, lundi soir, où une foule en furie a pris a partie le maire Richard Marcotte pendant deux heures. Aucun mot n'était trop dur: «dehors!», «pourri!», «démissionne!».

L'indignation des résidants de Mascouche est compréhensible: ils se sentent floués et impuissants face à un maire éclaboussé par de graves allégations, qui s'accroche à son poste comme à une bouée.

Les hauts cris n'y changent rien. Pas plus que l'expulsion du maire de son propre parti. Pas plus que la motion du conseil municipal exigeant sa démission. Pas plus que les appels du pied au ministre Lessard.

Une «vérification» est bien en cours au ministère des Affaires municipales, de même qu'une «enquête» au Directeur général des élections. Mais combien de ces contrôles ont été abandonnés faute de preuve? Combien de dossiers ont été fermés en raison de la mollesse des lois?

D'où le cynisme et la colère des citoyens, qui perdent tranquillement confiance en leurs élus, mais aussi envers les instances censées les protéger contre les abus de ces derniers.

Voilà ce que fait ressortir le cas de Mascouche. Mais aussi celui de Laval, où le maire a choisi de rentrer la tête entre les épaules le temps que la tempête se calme. Ou encore celui de Montréal, où le président du comité exécutif a pu s'éclipser sans jamais expliquer son escapade sur le luxueux yacht d'un entrepreneur.

L'impression d'une «culture d'impunité» est d'autant plus forte qu'en dehors de la scène municipale aussi, on trouve nombre d'élus, de fonctionnaires et d'entrepreneurs ayant contrevenu aux règles sans vraiment en être importunés. Tony Tomassi a beau avoir présumément utilisé la carte de crédit d'une entreprise, il est toujours député. Deux entreprises de Tony Accurso ont beau avoir plaidé coupables à des accusations de fraude fiscale, celui-ci n'a même pas été effleuré par la justice.

Chaque fois, il y a certes sanction de l'opinion publique. Mais celle-ci a une espérance de vie si courte que les principaux concernés n'ont qu'à se tenir à carreau pour ensuite poursuivre leur carrière comme si de rien n'était.

Entendons-nous, réprobation populaire n'est pas synonyme de culpabilité. Mais la moindre des choses pour un représentant du peuple qui fait face à des allégations accablantes est de s'expliquer, voire de se retirer le temps des enquêtes. Puis de faire face à la musique.

On verra dans les prochaines semaines si les vérifications porteront leurs fruits. On verra aussi, à plus long terme, si le nouveau code d'éthique imposé aux élus municipaux aura l'effet souhaité.

Mais il y a de fortes chances que l'absence de sanctions et de réprimandes continue à nourrir le cynisme des citoyens qui eux, ont l'impression de payer très cher toute entorse aux lois et règlements.