Le dixième anniversaire de la loi 170 est l'occasion pour plusieurs de déclarer «l'échec» des fusions municipales, particulièrement à Montréal.

Le dixième anniversaire de la loi 170 est l'occasion pour plusieurs de déclarer «l'échec» des fusions municipales, particulièrement à Montréal.

Fort d'un sondage plutôt négatif, ils y vont de critiques et de bilans qui se résument souvent ainsi: «on vous l'avait bien dit»...

Mais on nous avait dit quoi, au juste? Qu'«une île, une ville» était une facétie? Que les fusions se transformeraient en désastre? Qu'un Montréal regroupé deviendrait ingérable?

Or n'en déplaise à ces pourfendeurs, aucune de ses prédictions ne s'est avérée, tout simplement parce que ni les desseins de Lucien Bouchard ni ceux de Pierre Bourque n'ont réellement pris formes.

C'est plutôt sur une tour de Babel édifiée à coup de compromis (décentralisation) et de compromissions (défusions) que s'expriment les répondants au sondage, les commentateurs et les mécontents.

Bien sûr qu'on y retrouve trop d'élus, trop d'employés, trop d'instances, trop de structures, trop d'arrondissements et trop de chicane! Bien sûr que Montréal est aujourd'hui bien plus malade qu'il ne l'était!

Mais ce n'est pas la réaction à une potion nommée fusion, mais bien à un cocktail nocif de remèdes dont on a ignoré les contre-indications...

On se retrouve ainsi avec une région écartelée, représentée par un organisme dont on cherche la pertinence. Avec une île sans vision d'ensemble. Et avec une ville surgouvernée, dont les chicanes de clochers ralentissent l'évolution, au mieux.

Exactement l'inverse de ce qui était préconisé il y a 10 ans, alors qu'on souhaitait plutôt insuffler à Montréal une dynamique métropolitaine, essentielle dans un monde qui s'urbanise et se mondialise. Encore plus pour une ville dont on déplorait la fragmentation dans les années 1960 et la balkanisation dans les années 1990.

Concrètement, on voulait mettre fin à l'étalement urbain incontrôlé et à la concurrence stérile entre villes. On voulait atteindre une équité fiscale et une efficacité administrative accrue. On voulait s'attaquer régionalement au vieillissement des infrastructures ainsi qu'à la planification des transports et de l'aménagement.

Et on voulait, surtout, réduire le nombre d'instances décisionnelles et les risques de relations conflictuelles...

Rien de tout ça - ou si peu - n'a vu le jour. Et sur ce point, les critiques ont bien raison. On n'a qu'à penser aux 101 maires qui s'entassent dans la région, à la disparition à grande vitesse des terres arables autour de l'île ou à la taxe sur l'immatriculation, rejetée par ceux-là mêmes qui la rendent nécessaire...

Devant un tel état de fait, le procès d'une réorganisation maintes fois torpillée ne nous mènera pas bien loin. Plutôt que de se résigner à vivre dans une ville qui peine à se sortir du XXe siècle, commandons un vaste état de la situation, puis démarrons un nécessaire chantier d'élagage structurel.

Mais attention! On ne parle pas ici de lancer une énième réforme, simplement d'achever la dernière.