Un budget, c'est plus que des revenus et des dépenses, c'est une vision de l'avenir, une façon d'affronter les défis à court et long termes.

Pour évaluer le budget 2011 de l'administration Tremblay, il faut donc énumérer d'emblée les principaux défis de Montréal: la congestion, la rétention des jeunes familles et la mise à niveau des infrastructures.

Dans une telle optique, le budget dévoilé hier est un échec presque total.

Le maire Tremblay est un gestionnaire responsable, là n'est pas la question. Il l'a confirmé hier encore en présentant un budget qui fait la part belle aux infrastructures de voirie et d'eau, une nécessité d'autant plus aiguë que les précédents maires l'ont éludée.

Mais là s'arrêtent les bons mots. Car au-delà des infrastructures, ce budget fait plus de tort que de bien aux jeunes familles, sans lesquelles l'avenir de Montréal s'annonce sombre.

Qu'offre-t-on à ces ménages que l'on a tant de difficulté à retenir? Des taxes foncières en hausse de 2,5%, une taxe sur l'immatriculation de 45$ et une hausse des tarifs des transports en commun pour la 13e année consécutive!

Le message: allez-vous-en, vous n'avez plus les moyens d'habiter en ville...

La hausse de l'impôt foncier, si elle était inévitable, devait s'accompagner d'un programme d'accès à la propriété bonifiée pour être digestible. La taxe sur l'immatriculation, sans garantie qu'elle sera élargie à la région dès 2012, n'a aucun sens. Et l'augmentation des tarifs de la STM est carrément odieuse!

Ne fait-on pas l'inverse de ce que l'on devrait faire pour éviter l'exode? Pas du tout, répond le maire, puisque nous colmatons les fuites d'eau, lesquelles nuisent à la qualité de vie et repoussent, par le fait même, les jeunes familles en banlieue...

Pardon? On investit dans les tuyaux pour retenir les ménages? Y a-t-il un sociologue à l'hôtel de ville?

Pourquoi un couple décide-t-il de rester dans l'île une fois bébé venu? Soit parce qu'il trouve une maison à bon prix, soit parce qu'il économise en se passant d'une deuxième, voire d'une seule voiture.

Et le maire de leur asséner une hausse de l'impôt foncier sans compensation, un tarif sur l'auto qu'ils éviteront en banlieue et une escalade à n'en plus finir du prix de la CAM! Qu'il ne vienne pas se plaindre ensuite de la migration des ménages et des bouchons que ces derniers créeront en revenant sur l'île à l'heure de pointe, en auto...

Certes, le régime de retraite des employés donne du fil à retordre à l'administration. Mais pourquoi ne pas avoir haussé la taxe sur les parcs de stationnement? Réduit davantage les dépenses de fonctionnement? Éliminé les services redondants entre la ville et les arrondissements? Refusé les demandes syndicales galopantes des cols bleus et les 30 millions supplémentaires à la police?

Cela aurait été bien plus avisé que de puiser dans les poches des Montréalais qui résistent au chant des sirènes de la banlieue... pour l'instant.