En s'en remettant aux forces de l'ordre pour enrayer un fléau qui dépasse de loin l'enquête policière, Jean Charest oblige les journalistes à faire tout le travail d'investigation qui s'impose en ces temps troubles.

En s'en remettant aux forces de l'ordre pour enrayer un fléau qui dépasse de loin l'enquête policière, Jean Charest oblige les journalistes à faire tout le travail d'investigation qui s'impose en ces temps troubles.

 

Il n'y a ainsi plus une journée qui passe sans qu'une révélation ne fasse les manchettes, sans qu'un scandale impliquant un élu, un mandataire ou un entrepreneur se retrouve dans les journaux et téléjournaux.

Mais pour que ce nécessaire travail d'enquête puisse se faire, il faut d'abord de courageux dénonciateurs pour porter des accusations, voire pour corroborer des témoignages de copinage ou de pots-de-vin.

Il faut des Ken Pereira, des Serge Ménard, des Vincent Auclair qui osent témoigner sous les feux de la rampe, tout en sachant que leur vie ne sera plus jamais la même, qu'ils seront l'objet d'une intense scrutation médiatique, que des gens puissants voudront dorénavant leur peau...

«Si personne ne parle, il ne se passera jamais rien. Ça prend quelqu'un qui dénonce, a souligné avec raison un entrepreneur qui aurait été victime d'extorsion, Martin Carrier, la semaine dernière à l'émission Enquête. Si les gens laissent aller et se tassent, il ne se passera jamais rien.»

Il est ainsi étonnant, c'est le moins qu'on puisse dire, qu'autant de commentateurs se permettent de dénoncer le nombre d'années qui se sont écoulées avant que les députés Ménard et Auclair ne passent aux aveux, même si leurs témoignages concordent contrairement à leur allégeance politique.

Rappelons-nous qu'il est ici question de deux hommes sans grande notoriété publique, à l'époque, de simples candidats à l'orée d'une carrière politique provinciale qui disent avoir reçu une enveloppe illicite de la part d'un des politiciens les plus puissants de la province!

Et ils auraient dû, sans aucune preuve, quitter aussitôt l'hôtel de ville de Laval pour le poste de police? Dans un monde idéal, peut-être, un monde où la dénonciation est encouragée sans être sanctionnée, un monde où les hommes n'ont que de bonnes intentions désintéressées.

Mais l'on ne vit pas, hélas, dans ce monde chimérique. Et la dernière année l'a confirmé avec éclat!

Tous ces vertueux qui clouent les députés Ménard et Auclair au pilori auraient-ils réellement appelé la police s'ils s'étaient retrouvés dans des circonstances similaires, sachant la proximité entre la politique et certains entrepreneurs douteux, les liens troubles entre la mafia et la construction et la violence de certaines menaces téléphoniques entendues? On peut en douter.

Il faut absolument vérifier l'authenticité des témoignages, entendons-nous, les confronter entre eux, chercher les motivations des personnes qui osent se parler. Mais vilipender ceux qui ont le courage de dénoncer, simplement parce qu'ils ne l'ont pas fait assez vite, ne fait qu'éloigner des micros et caméras tous ces témoins qui savent, mais se sont tus.