Il pourrait être tentant de féliciter Jean Charest pour sa clairvoyance et son affront à la langue de bois. Les parents, a-t-il dit mardi, ne s'enquièrent «pas assez» des études de leurs enfants, se rendant ainsi complices de leur décrochage.

Il pourrait être tentant de féliciter Jean Charest pour sa clairvoyance et son affront à la langue de bois. Les parents, a-t-il dit mardi, ne s'enquièrent «pas assez» des études de leurs enfants, se rendant ainsi complices de leur décrochage.

«Je pense que ça ne se fait pas assez. Je sais que ça ne se fait pas assez», a-t-il martelé pour être bien certain de se faire comprendre des gens d'affaires qui l'écoutaient.

Reconnaissons-le, il faut un certain courage politique pour rappeler aux parents le rôle primordial qu'ils jouent dans la persévérance scolaire de leurs enfants. Encore plus quand on est premier ministre.

Mais de là à les accuser d'être «les acteurs les plus importants» du décrochage? Plus que les professeurs, les syndicats, le milieu économique? Plus que le manque de ressources, l'âge scolaire minimal, l'échec des actions gouvernementales?

Peut-être, mais le cas échéant, une sérieuse démonstration s'impose avance d'affirmer une telle chose. Une démonstration, hélas, qui fait défaut.

Or quand on ose montrer du doigt un acteur, lui faire la leçon et s'acharner sur son cas comme M. Charest le fait depuis le sommet économique de Lévis en janvier, il faut non seulement être solidement appuyé, il faut avoir fait montre d'une exemplarité sans borne. Une exemplarité, là encore, qui fait défaut.

Le premier ministre a beau soutenir que le gouvernement, lui, «fait son travail», on cherche en vain des résultats concrets. Québec a en effet été incapable d'infléchir les taux de décrochage au cours des 20 dernières années, dont sept, rappelons-le, passées sous la gouverne de M. Charest.

On peut donc comprendre la frustration de ce dernier, mais pas sa déresponsabilisation.

Le problème est complexe et ses racines, profondément ancrées par la faible valorisation sociétale de l'éducation. Un phénomène dont les parents sont certes responsables... au même titre que le gouvernement, les entreprises et les citoyens.

C'est d'ailleurs pourquoi la stratégie gouvernementale «L'école, j'y tiens!» s'appuie sur «un partenariat» entre ces différents acteurs, «une mobilisation concertée», non pas sur des accusations ex cathedra qui, en outre, ne convaincront aucun parent d'en faire plus.

On mine plutôt le moral des parents qui sont déjà présents, on braque ceux qui ont mauvaise conscience et on désespère tous ceux qui vivent avec des cas lourds...

Ne nous méprenons pas. Il y a certainement des parents qui se désinvestissent, qui privilégient leur travail au détriment de leurs enfants. Pire, il y en a même de plus en plus depuis 30 ans, selon Statistique Canada.

Mais il y a aussi une prise en charge tardive des spécialistes, une formation déficiente des enseignants aux prises avec des cas problématiques, un manque de soutien de certains profs à bout de souffle, des élèves en difficulté que le système peine à réchapper et des élus qui n'en ont trop souvent que pour la santé.

Sacrifier un seul coupable sur l'autel public ne peut qu'envenimer une situation déjà pénible.