Le projet initial de l'échangeur Turcot était si mauvais, si dénué de sensibilité locale et environnementale que le MTQ ne pouvait faire pire.

Assis de force par le BAPE à la table de concertation, les fonctionnaires n'ont pu faire autrement que d'écouter les doléances de la Ville, des écolos, des riverains et des autorités de santé publique.

Il en résulte un projet de compromis, un projet qui n'augmente ni ne réduit la capacité routière; qui réduit les expropriations et les constructions en remblai, sans les éliminer; qui est doté d'un réseau de transports collectifs qui n'est pas ambitieux, mais pas trop modeste non plus.

Bref, il en résulte un concept qui répond, autant que faire se peut, aux vues diamétralement opposées des différents acteurs et à l'essentiel des recommandations du BAPE. Ce qui, dans le contexte politique, est un exploit en soi.

Franchement, Québec aurait difficilement pu faire plus. Il n'est pas question d'ajouter des dos d'âne et des trottoirs en saillies à une rue résidentielle, mais bien de la reconstruction du plus important point de convergence en transport de la province, où transitent près de 300 000 véhicules par jour!

Que faire d'une telle monstruosité en zone urbaine lorsqu'elle menace de s'écrouler? Se résigner à son existence et la reconstruire, hélas.

Les résidants du Sud-Ouest, au contraire, rêvent d'une meilleure qualité de l'air et Projet Montréal, à un coquet boulevard urbain. Ils soutiennent qu'en réduisant la capacité routière, on réduira le nombre d'autos et donc, les gaz à effet de serre.

Un beau programme... qui sous-estime l'incommensurable patience des automobilistes, qui ajouteraient simplement 30 minutes à leur trajet, déjà trop long de toute manière.

Il faut plutôt améliorer les transports en commun d'abord, puis leur permettre graduellement de prendre le pas sur l'automobile.

Il faut permettre à Québec d'implanter une voie réservée pour les autobus et les taxis et éventuellement, la navette ferroviaire, le tramway et le tram-train vers Lachine. Puis une fois la desserte implantée, il sera possible d'empiéter encore plus sur la voie routière en ajoutant une voie réservée au covoiturage, en implantant un service rapide par bus, etc.

Une approche par étapes aura bien plus de chance de réduire la motorisation qu'une guerre idéologique. L'automobile étant essentielle pour bien des Montréalais, il faut se faire pragmatique: canalisons les irréductibles conducteurs là où ils ont leur place, faisons-les payer pour l'utilisation de la route et tentons de convaincre tous les autres avec une alternative fiable, rapide et efficace.

Ce qu'offre le nouveau concept d'échangeur, en bonne partie. Car le projet du MTQ, s'il a été bonifié, pourrait l'être encore plus avec l'ajout immédiat, plutôt qu'éventuel, du tramway, du tram-train et du train de l'Ouest.

Bref, le projet peut être encore peaufiné, mais il a au moins le mérite de ne plus se contenter de déplacer des voitures, mais bien des individus.