La Chambre des communes a refusé, mercredi, d'encadrer les nombreuses minières canadiennes oeuvrant à l'étranger, et ce, malgré leur piètre bilan social et environnemental.

La Chambre des communes a refusé, mercredi, d'encadrer les nombreuses minières canadiennes oeuvrant à l'étranger, et ce, malgré leur piètre bilan social et environnemental.

Piloté à titre personnel par le député libéral John McKay, le projet de loi privé a obtenu l'appui du Bloc et du NPD. Mais il a été néanmoins défait. Par seulement six voix.

Pourquoi? Parce que les conservateurs s'y opposaient. Mais surtout, parce que 13 députés libéraux, dont Michael Ignatieff, n'ont pas cru bon voter, sous prétexte qu'une nouvelle réglementation nuirait à l'industrie, et donc, aux 300 000 Canadiens qu'elle emploie.

C'est dire que le PLC, qui vient d'adopter une stratégie visant «à accroître le niveau de responsabilité environnementale et à promouvoir le respect des droits de la personne», a tué une pièce législative qui promettait précisément cela, pour l'industrie ayant la pire réputation en la matière, de surcroît!

Un rapport interne de l'industrie, obtenu par le Toronto Star, révèle en effet que les sociétés canadiennes sont celles à qui l'on a reproché le plus d'incidents sociaux et environnementaux dans les pays en développement au cours de la dernière décennie.

Un véritable oeil au beurre noir pour le Canada, où logent 75% des minières du monde. D'où le bill C-300 du député McKay, qui visait à rendre le financement fédéral de ces sociétés conditionnel au respect des droits de la personne et de l'environnement dans les pays en développement.

Le simple bon sens, en somme. Pour le Parti libéral, qui donne continuellement des leçons de morale à ses adversaires. Et pour le gouvernement conservateur, qui s'est récemment permis une tournée onusienne avec des engagements plus vertueux les uns que les autres.

Certes, la recherche d'un certain équilibre entre les intérêts économiques et les aspirations sociales et écologiques est louable, voire nécessaire. Mais dans le cas des mines, cet équilibre a clairement été rompu, depuis un bon moment.

On en a la preuve dans la décision de la Norvège d'évincer la canadienne Barrick Gold de son fonds de pension. Dans celle du Mexique de fermer la mine exploitée par Blackfire Exploration de Calgary. Dans ce témoignage à la Chambre des communes de l'ancienne ministre de l'Environnement de l'Argentine qui racontait avoir subi de graves menaces de la part de minières étrangères dans le passé.

Oui, il est important de maintenir le plus de sièges sociaux au pays, de protéger les emplois outre-mer, de veiller aux intérêts des sociétés canadiennes à l'étranger, mais il faut se demander à quel prix nous sommes, collectivement, prêts à le faire.

Le bill C-300, pour imparfait qu'il était, constituait un bon début de réponse à cette question, un premier pas vers un mécanisme crédible d'imputabilité. Mais il a, hélas, été annulé par deux pas faits à reculons lorsque les grands partis ont décidé de tuer le projet de loi plutôt que de l'améliorer.