Improvisation. Amateurisme. Opportunisme.

Improvisation. Amateurisme. Opportunisme.

Si le premier ministre souhaitait que l'on accueille autrement sa énième volte-face dans le dossier du renouvellement des voitures du métro, il aurait fallu qu'il nous convainque de son fondement, plutôt que de s'en tenir à une annonce creuse destinée aux électeurs de La Pocatière.

Grand responsable de cette saga aux rebondissements plus pathétiques les uns que les autres, Jean Charest devait en effet justifier avec force arguments sa décision de court-circuiter à nouveau un processus d'appel d'offres qu'il ne cesse de miner depuis 2006.

Il devait nous dire en quoi la proposition dispendieuse de Bombardier-Alstom était incontournable. Comment son projet de loi spécial protégera-t-il le gouvernement d'éventuelles poursuites et injonctions? Pourquoi a-t-il pris cette décision aujourd'hui, à la veille d'élections complémentaires dans la circonscription de Kamouraska?

Et surtout, surtout, il devait démontrer sans aucune équivoque que l'état actuel des voitures du métro de Montréal justifie «l'urgence» d'agir.

Car ces dernières semaines, le président de la STM et son directeur général ont tous deux semblé contredire Québec à ce sujet, affirmant qu'il fallait «arrêter de jouer au Bonhomme Sept Heures». «(Les voitures) roulent, elles sont bien entretenues, et la sécurité n'est jamais remise en question», a dit Michel Labrecque.

Il tempère ses propos aujourd'hui, il est vrai, précisant qu'il faisait alors référence à la «sécurité» des voitures, non pas à leur «fiabilité», qui elle justifie bel et bien que l'on agisse prestement.

Mais de deux choses l'une: ou bien il y a un problème potentiel de sécurité, et donc urgence, ou bien il n'y en a pas.

Le fait qu'une voiture se retrouve plus souvent à l'atelier de réparation n'est pas, en soi, une raison de manipuler un appel d'offres pour sauver 18 mois, d'ouvrir la porte à d'inévitables procédures judiciaires et d'écarter un concurrent qui propose des voitures coûtant, au bas mot, 1 million de dollars de moins... l'unité!

Pour toute explication, le premier ministre soutenait hier qu'il fallait être «sceptique» face à une entreprise qui peut, comme CAF, revoir son prix à la baisse aussi facilement qu'elle vient de le faire. Mais il n'a pas expliqué pourquoi ce scepticisme, par ailleurs de bon aloi, ne s'applique pas à Bombardier, qui a tout de même réussi à couper le prix de son contrat du quart...

La décision du premier ministre est d'autant plus surprenante qu'elle survient en pleine négociation d'un traité de libre-échange entre le Canada et l'Europe, traité dont M. Charest réclame la paternité!

D'un côté, il se fait donc le chantre d'échanges commerciaux ouverts et transparents avec le Vieux continent, et de l'autre, il adopte une loi spéciale pour mettre son gouvernement à l'abri des poursuites internationales de ses «partenaires».

S'il y a urgence d'agir, elle est d'abord et avant tout électorale.