Les bonnes nouvelles étant rares, le gouvernement Charest s'est précipité sur le dernier rapport de l'OCDE comme un affamé sur un bout de pain. Il s'est dit «très fier» du «portrait juste et nuancé» des initiatives québécoises en matière de développement rural brossé par l'agence internationale.

Les bonnes nouvelles étant rares, le gouvernement Charest s'est précipité sur le dernier rapport de l'OCDE comme un affamé sur un bout de pain. Il s'est dit «très fier» du «portrait juste et nuancé» des initiatives québécoises en matière de développement rural brossé par l'agence internationale.

«Je me réjouis de constater que notre démarche pourrait même inspirer d'autres pays», s'est permis d'ajouter Laurent Lessard.

Mais disons-le, le ministre faisait ainsi preuve d'une lecture fort sélective du rapport de quelque 300 pages.

Si l'Organisation de coopération et de développement économique salue en effet la politique de la ruralité du Québec, il l'invite aussi à revoir de fond en comble sa gestion fort laxiste du territoire agricole, allant même jusqu'à lui recommander de... s'inspirer des autres pays de l'OCDE.

Car c'est à une véritable braderie que sont conviés les promoteurs de tout acabit. Les terres les plus fertiles, concentrées en grande partie dans la région de Montréal, sont vendues aux plus offrants depuis des décennies, et ce, dans l'indifférence générale.

Bon an mal an, la province perd - à tout jamais - près de 4000 hectares de terres agricoles, au profit d'autoroutes, d'entrepôts, de centres commerciaux et de lotissements résidentiels.

Tous les 10 ans, on assiste ainsi à la disparition de bonnes terres cultivables d'une superficie équivalente à l'île de Montréal...

La seule réponse à ce fléau, à ce jour, est venue sous la forme de beaux discours, de beaux principes, de belles politiques. «La banlieue est un modèle dépassé», convient celle qui se qualifie d'aménagiste en chef du gouvernement, la ministre Nathalie Normandeau, sans toutefois proposer l'ombre d'une réforme du développement urbain.

Si bien qu'encore aujourd'hui, les couronnes sont perçues comme des terrains vagues en attente de projets résidentiels. Et les terres agricoles, comme autant d'obstacles au développement.

Or les responsables de cette frénésie du dézonage sont bien connus, surtout depuis les rapports Pronovost et Ouimet: les maires, incapables de s'entendre sur un plan régional d'aménagement ; le régime fiscal, qui favorise une concurrence malsaine entre des villes dépendantes des taxes foncières; et la Commission de protection du territoire agricole, désuète et veule, qui étudie encore les demandes de dérogation au cas par cas, sans vision d'ensemble.

On reste ainsi les bras croisés devant des promoteurs qui transforment des terres cultivables en énorme Dix30, mais on s'émeut de l'intérêt des Chinois pour ces mêmes terres, qu'ils voudraient pourtant cultiver ! Et cela, dans un contexte de relative stabilité démographique au Québec.

Les villes ont prouvé qu'elles étaient incapables de circonscrire l'étalement urbain. Il est temps que le gouvernement prenne ses responsabilités en instaurant un régime agricole et en réformant la loi sur l'aménagement et l'urbanisme dans une optique de protection du territoire, non plus de dilapidation.