Des problèmes de corruption, de malversation et de collusion minent la Ville de Montréal, mais ce qui retient l'attention, c'est le geste malheureux du directeur général, qui a transmis à Telus une portion du rapport du vérificateur général.

Des problèmes de corruption, de malversation et de collusion minent la Ville de Montréal, mais ce qui retient l'attention, c'est le geste malheureux du directeur général, qui a transmis à Telus une portion du rapport du vérificateur général.

Louis Roquet a certes commis une erreur, mais il n'y a pas là, avec l'information disponible, matière à scandale, encore moins à démission.

De grâce, distinguons l'essentiel de l'accessoire. Or quel est l'essentiel: l'octroi de contrats douteux par la Ville de Montréal.

Que ce soit le Faubourg Contrecoeur, les compteurs d'eau, BCIA, Telus, le recours aux services professionnels externes, la concentration malsaine des firmes dans les arrondissements, tout mène en effet à la gestion des contrats municipaux.

Le maire Tremblay, qui reconnaît le problème, propose une brochette de mesures pour y remédier, comme le renforcement de l'expertise interne et le resserrement des appels d'offres.

Mais un doute persiste. Si les entreprises profitent d'une culture en place depuis 10 ans, comme le prétend le maire, il est illusoire de croire que l'on renversera la vapeur en remplaçant des règles contournables par d'autres règles qui deviendront, fort probablement, contournables.

Il faut aller au fond des choses, décortiquer le système, comprendre chaque lien de cette vaste toile tissée entre le monde politique, la fonction publique et le secteur privé. On veut entendre le témoignage de l'ancien président du comité exécutif Frank Zampino, savoir pourquoi BCIA a protégé ce dernier sans frais, dissiper les nuages qui planent sur la démission du chef de police, déterminer pourquoi le contrat de Telus a été piloté par une clique de fonctionnaires, comprendre le caractère systémique des dépassements de coûts, saisir pourquoi des arrondissements donnent tous leurs contrats à une seule firme.

Autant de questions qui demeureront en suspens tant qu'une commission d'enquête ne sera pas lancée.

Reste maintenant à en définir le mandat précis, car pour l'heure, l'idée d'une commission n'est qu'un exutoire pour tous les problèmes du Québec: mainmise des syndicats sur les chantiers, financement des partis politiques, attribution des permis de garderies, etc.

Ne noyons pas le poisson! Une commission sur la construction ne toucherait ni à BCIA ni à Telus. Une commission sur le financement politique se tiendrait loin du fouillis des contrats de services professionnels et de la collusion potentielle dans les arrondissements.

Le conseil municipal de Montréal doit donc demander à Québec, d'une seule voix, la constitution d'une commission d'enquête sur la gestion des contrats municipaux à Montréal, ce qui n'empêcherait nullement les foulards blancs d'exiger autre chose au niveau provincial.

Cet exercice de transparence permettrait de faire la lumière une fois pour toutes sur le système nébuleux d'octroi de contrats, ce qui serait utile pour Montréal mais aussi, quoi qu'en dise le maire Labeaume, pour l'ensemble des villes du Québec.