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Va-t-il falloir vous passer sur le corps, docteur?

La ministre de la Santé et des Services... (PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL)

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La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Le Québec est le seul endroit au pays où une infirmière praticienne spécialisée (IPS) en première ligne n'a pas le droit de poser de diagnostic.

Cette exception ridicule, qui force les patients à prendre des rendez-vous superflus et limite leur accès aux soins, a survécu grâce à l'entêtement du Collège des médecins, mais la ministre de la Santé vient de s'engager à y mettre un terme. Ce n'est pas trop tôt !

Les IPS québécoises ont une maîtrise universitaire et toute la formation nécessaire pour poser des diagnostics relevant de leurs compétences. Mais contrairement à leurs collègues des autres provinces, elles n'ont pas le droit de le faire. Les lignes directrices négociées entre leur ordre professionnel et celui des médecins le leur interdisent.

Cette entrave à leur pratique est non seulement injustifiée, mais aussi nuisible pour les patients.

Si l'IPS qui vous reçoit à la clinique détecte l'un des six problèmes de santé chroniques réglementés (diabète, hypertension, asthme, hypercholestérolémie, maladie pulmonaire obstructive chronique, hypothyroïdie), vous aurez droit à une amorce de traitement, mais vous serez obligé de revenir dans les 30 jours pour être vu par un médecin.

Une IPS serait aussi capable de remplir votre formulaire pour la SAAQ (Société de l'assurance automobile), la CNESST (santé et sécurité au travail), vos assurances privées ou un arrêt de travail de plus d'un mois, mais... non. Vous devez obligatoirement prendre rendez-vous avec un médecin.

Et pendant qu'il voit ces patients dont l'IPS aurait très bien s'occuper, le médecin n'a pas le temps de faire ce qu'il est le seul à pouvoir faire :  prendre en charge plus de patients et se concentrer sur les cas plus complexes.

Le règlement adopté l'an dernier par le gouvernement Couillard, qui excluait le diagnostic, envoyait déjà le mauvais message, mais les lignes directrices imposées par le Collège ont empiré le problème. Là où le règlement demandait seulement que le médecin soit informé du traitement amorcé par l'IPS, le Collège a obligé le patient à prendre rendez-vous avec lui. Idem pour les multiples formulaires dont il n'était absolument pas question dans le règlement.

Que le syndicat des médecins de famille (FMOQ) tente de conserver l'exclusivité du diagnostic pour que ses membres demeurent incontournables, ça peut se comprendre.

Mais le Collège des médecins, lui, n'a pas à défendre ces intérêts particuliers... surtout pas au nom de la protection du public, un épouvantail qui n'a aucune crédibilité dans le contexte !

Quand les médecins de famille rencontrent des cas complexes difficiles à diagnostiquer, ils demandent des tests et consultent des spécialistes - bref, ils se comportent en professionnels responsables. Les IPS ont la même approche collaborative. C'est pourquoi le droit de poser des diagnostics, qui leur est reconnu dans tout le reste du Canada, ne s'est pas traduit par une hécatombe, mais par un meilleur accès pour les patients.

Le conseil d'administration du Collège doit se prononcer vendredi sur des propositions visant une plus grande ouverture. Permettra-t-il enfin aux IPS d'exercer leurs pleines compétences ? On le lui souhaite, parce que c'est que la ministre Danielle McCann a promis d'offrir aux Québécois d'ici un an en imposant un projet de loi s'il le faut.

Si jamais ça vire à l'affrontement, le Collège n'aura que lui-même à blâmer, car le gouvernement Legault, lui, a promis des résultats légitimes. Si les médecins continuent à manoeuvrer pour que tout passe par eux, Québec n'aura pas d'autre choix... que de leur passer sur le corps.




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