Les commerçants montréalais durement éprouvés par des travaux majeurs dans leur rue pourront bientôt demander une aide financière à la Ville, a annoncé l'administration Plante cette semaine. Il faut la féliciter de cette initiative et surtout, la pousser à aller plus loin en ce sens.

C'est une première au Canada, a souligné la mairesse Valérie Plante en présentant son nouveau programme auprès duquel les commerçants pourront déposer une demande à compter de l'automne.

Évidemment, il y a des conditions. Il faut que les travaux durent au moins six mois s'ils portent sur des infrastructures souterraines ou, sinon, que ce soit un chantier de la Ville ou de la STM de plus de trois ans. Et le commerçant devra démontrer, états financiers vérifiés à l'appui, une perte de marge brute de plus de 15% - l'aide s'appliquera sur la portion supérieure à 15 %, pour un maximum de 30 000 $ par an.

Bref, personne ne va se rendre riche avec ça. Le geste est néanmoins significatif.

L'enveloppe de 25 millions sur quatre ans allouée à ce programme peut sembler bien mince comparé aux centaines de millions qu'elle dépense chaque année à éventrer ses artères, mais c'est quand même le tiers des 74 millions alloués au Plan commerce. Le programme est rétroactif au 1er janvier 2016 afin d'inclure les marchands de la rue Saint-Denis, restés fragiles après le départ des marteaux piqueurs. Et surtout, la mesure redonnera un peu d'argent, donc d'oxygène, aux commerçants.

On peut donc parler d'un pas dans la bonne direction... à condition qu'il s'agisse bien d'une nouvelle direction, et non d'un geste isolé.

La question se pose, car des orientations majeures figurant dans le rapport du comité consultatif mandaté par la mairesse au printemps sont absentes de son Plan commerce. On n'y retrouve par exemple aucune mesure pour alléger le fardeau de taxes foncières des commerçants sur rue. Il s'agit pourtant d'un problème connu de longue date, qui a déjà fait l'objet d'un rapport détaillé en 2016. Le comité mandaté par la mairesse Plante, qui s'en est inspiré, propose de réduire le taux applicable aux premiers 500 000 $ d'évaluation dès l'an prochain, et d'étudier la possibilité d'élargir ensuite la mesure aux premiers 750 000 $, voire à 1 million de dollars d'évaluation.

Des recommandations sur la gestion des chantiers (adopter des horaires de travail visant à réaliser les travaux le plus rapidement possible, prévoir systématiquement des clauses de récompense et de pénalité pour les entrepreneurs) n'ont pas non plus trouvé d'écho dans le plan municipal.

Les questions fiscales seront analysées par le service des Finances, celles sur les chantiers au service des infrastructures, a indiqué la Ville. Ce sera à surveiller, car ces enjeux sont incontournables.

Comme l'a souligné avec justesse le comité consultatif, «les chantiers majeurs seront une donnée du problème pour au moins la prochaine génération». Condenser les travaux qui font fuir la clientèle sur la plus courte période possible doit devenir une priorité absolue pour la Ville et ses arrondissements.

Et si les taux de taxes des immeubles non résidentiels, beaucoup plus élevés que sur les propriétés résidentielles, ont toujours pesé sur les boutiques ayant pignon sur rue, ils sont carrément devenus un handicap face à la concurrence en ligne. «Ça change la donne, puisqu'il y a des gens qui s'en sortent en ne payant pas de taxes foncières», résume le consultant Jean-François Grenier, du Groupe Altus, spécialisé dans la localisation du commerce de détail.

On en convient : alléger la taxation des commerces sur rue sans transférer ce fardeau aux propriétaires résidentiels représente tout un défi pour Montréal, dont environ 70% des revenus proviennent des taxes foncières. L'administration Plante devra néanmoins trouver une voie de passage. Autrement, ses investissements pour rajeunir, animer et promouvoir les artères commerciales risquent de se solder quand même par une augmentation du nombre de locaux vacants.