Tes autos, tes avions et ton soya contre mes composantes d'avion et de machinerie industrielle ainsi que mes équipements médicaux... Non, il n'est pas question de troc, mais, au contraire, de tarifs douaniers, dont les États-Unis et la Chine se menacent à qui mieux mieux. Les deux plus grandes puissances économiques de la planète sont au bord de la guerre commerciale, et ça n'annonce rien de bon - ni pour elles ni pour le reste du monde.

Pékin avait promis de répondre coup pour coup, et il ne s'est pas fait attendre. Moins de 24 heures après que la Maison-Blanche eut publié sa liste d'importations chinoises qu'elle entend taxer à sa frontière, le gouvernement chinois a répliqué hier avec sa propre liste de produits américains avec lesquels il prévoit faire de même. Il y en a pour environ 50 milliards de dollars américains dans chaque camp.

C'est la deuxième salve chinoise cette semaine. Pékin, en effet, a imposé lundi une surtaxe à l'entrée sur 128 catégories de produits américains en réponse aux tarifs sur les importations d'aluminium et d'acier décrétés récemment par les États-Unis. Fruits et noix, vin, éthanol, tuyaux d'acier, porc, aluminium destiné au recyclage : la valeur des produits ciblés par la Chine au début de la semaine tournait autour de quelque 3 milliards.

L'escalade ne se manifeste pas seulement dans le nombre d'articles et la valeur totale des importations visées. La deuxième riposte chinoise inclut des secteurs majeurs comme l'automobile, l'aérospatiale et le soya. Les producteurs de soya américains, par exemple, écoulent plus de la moitié de leurs exportations en Chine. Des tarifs punitifs pourraient leur faire perdre jusqu'à 71 % de ce marché, ont calculé récemment des agroéconomistes de l'Université Purdue.

C'est le problème des guerres commerciales. Contrairement à ce qu'a affirmé le président Trump le mois dernier, elles ne sont ni « une bonne chose » ni « faciles à gagner » : un pays a bien peu de chances d'y gagner au change.

Oui, certains de ses secteurs peuvent y trouver un avantage temporaire. Les propriétaires de scieries et de terres à bois américains sont ravis de la hausse du prix provoquée par les droits imposés sur les « 2 X 4 » canadiens. Les aciéries et leurs employés aussi avaient applaudi les tarifs sur l'acier du début des années 2000.

Pour quelques gagnants, il y a toutefois beaucoup de perdants. Les entreprises forcées de payer leurs matières premières plus cher deviennent moins concurrentielles et risquent de perdre des marchés. Les consommateurs voient les prix grimper et leur pouvoir d'achat rétrécir. Et des secteurs qui n'ont rien à voir là-dedans, comme l'agriculture, deviennent les victimes collatérales de mesures punitives.

Sans oublier les autres pays : même si certaines de leurs industries espèrent profiter de la situation, d'autres risquent d'être inondées par les produits refoulés aux frontières des belligérants. HyLife, l'un des principaux producteurs de porc canadien, ne pense pas seulement aux parts de marché qu'il pourrait gagner en Chine. « Si les États-Unis ne peuvent pas vendre leur porc en Chine, ils iront le vendre ailleurs », disait son président cette semaine.

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Les nouveaux tarifs annoncés par Washington sont une réponse aux conditions imposées aux entreprises américaines faisant affaire en Chine, notamment en matière de transferts de technologie et de propriété intellectuelle. Et le président Trump, il faut le reconnaître, n'est pas le seul à se plaindre du partenaire chinois.

L'Union européenne et le Japon ont publié une déclaration commune avec les États-Unis, en décembre dernier, dénonçant les transferts de technologie forcés ainsi que les problèmes de surcapacité et de concurrence déloyale engendrés par le soutien étatique. La Chine n'est pas nommée, mais suivez les regards... « Que nous pensions que la Chine est une pécheresse n'est pas un secret, mais d'autres pays le sont aussi », a d'ailleurs indiqué la commissaire européenne au Commerce en marge de l'événement.

Cadre réglementaire « imprévisible et opaque », règles sanitaires et phytosanitaires différentes selon les régions, surproduction d'acier et d'aluminium, propriété intellectuelle mal protégée : les gens d'affaires canadiens consultés l'an dernier en vue d'un possible accord de libre-échange canado-chinois en avaient aussi gros sur le coeur.

« La Chine a fait des progrès importants en matière d'ouverture aux investissements étrangers. Néanmoins, elle demeure un milieu commercial difficile, comportant des obstacles considérables », souligne le rapport du fédéral.

Les plus récents tarifs chinois s'appliqueront seulement si l'administration Trump met les siens en vigueur, ce qui ne sera pas avant plusieurs mois.

La guerre commerciale est donc encore évitable. Mais il faudrait pour cela que Pékin et Washington cherchent un compromis acceptable au lieu de préparer leurs prochaines salves.