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Un embarras qui ne veut pas mourir

La sympathie des Québécois envers les revendications financières... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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La sympathie des Québécois envers les revendications financières de la Fédération des médecins spécialistes du Québec s'est effritée, écrit Ariane Krol.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

« La page des médecins est tournée », a décrété le ministre de la Santé Gaétan Barrette en chambre cette semaine. Malgré ce qu'on raconte dans les livres de croissance personnelle, il ne suffit pas de le dire pour que ça devienne réalité.

Au contraire, l'indignation ne faiblit pas. Les partis de l'opposition y ont bien sûr veillé, ramenant constamment le sujet sur le tapis du Salon bleu. Mais c'est le lot quotidien d'un gouvernement. Son problème, c'est que dans ce cas-ci, les interpellations font écho à une large insatisfaction.

Travailleurs, citoyens, patients, médecins : les critiques contre ce rattrapage salarial qui a dégénéré en dépassement fusent de toutes parts. Et l'irritation n'est pas près de s'apaiser.

« La page qui est devant nous, qui ne sera pas une simple page, mais bien un chapitre entier, est celui des infirmières », a ajouté le ministre Barrette en soulignant que son ministère y travaillait. De fait, la présidente de la FIQ s'est montrée satisfaite de la réunion sur les ratios infirmière-patients qui a eu lieu quelques heures plus tard.

Sauf que cette réunion, dont l'issue nous a été présentée comme un suspense, Québec l'avait annoncée depuis plusieurs semaines en promettant d'y présenter un projet un peu plus substantiel et engageant sur les ratios, indique la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), qui avait une rencontre similaire.

Les pressions de la FIQ ont réussi à accélérer ces travaux qui progressaient à pas de tortue, et c'est tant mieux. Les patients aussi ont tout à gagner à ce que le système détermine un nombre maximal de malades sous la responsabilité de chaque infirmière, et s'y tienne. Cet exercice rigoureux prendra toutefois du temps. Ce n'est donc pas ce qui, à court terme, va régler les problèmes de surmenage des infirmières, encore moins ceux des autres travailleurs de la santé.

Hier encore, le Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois s'inquiétait des compressions de 9,6 millions sur trois ans annoncées au CISSS de la Côte-Nord. Dimanche, des médecins critiques de l'entente seront à Tout le monde en parle. La FSSS-CSN est aussi en train de recueillir les témoignages de ses membres.

Évidemment, ce n'est pas facile de tenir tête à la FMSQ. François Legault et Philippe Couillard en ont tous deux fait l'expérience comme ministres de la Santé. Le premier a fini par signer la fameuse lettre d'entente de 2003 où « le gouvernement s'engage à corriger les écarts ». Le second, après avoir refusé d'en tenir compte, a finalement conclu une entente comprenant un redressement tarifaire de 25,3 % en 2007.

Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des médecins spécialistes à exposer, au nom de la protection des malades, des situations scandaleuses dans le réseau.

Il y a tout ce qu'il faut de listes d'attente, de salles d'opération sous-utilisées et de bureaucratie kafkaïenne en dormance pour plonger un gouvernement dans l'embarras.

Cependant, il n'y a pas que l'écart avec les médecins ontariens qui s'est effrité. La sympathie des Québécois envers les revendications financières de la FMSQ aussi. Les publicités-chocs que celle-ci diffusait dans les années 2000 passeraient difficilement aujourd'hui, la menace de moyens de pression qui prendraient les patients en otage aussi.

Le gouvernement Couillard avait l'obligation de négocier de bonne foi avec la FMSQ. Était-il tenu de conclure une entente avant les élections ? Visiblement, il a jugé que c'était dans son intérêt. Mais s'il comptait ainsi mettre l'enjeu de la rémunération des médecins spécialistes derrière lui, il a fait un mauvais calcul.

***

ILS, ELLES ONT DIT

  • « Il y a vraiment un malaise. Les médecins ne se reconnaissent plus dans les revendications qui sont faites par les fédérations, ne reconnaissent plus que le patient est mis au centre de leur projet, de leurs actions, de leur façon d'exercer leur profession. »

    - Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé (PQ)

  • « Est-ce que le ministre de la Santé... Je sais qu'il est mal à l'aise avec l'entente, là. Est-ce que le ministre de la Santé va se lever aujourd'hui puis dire : "Je ne signerai pas cette entente-là." ? »

    - François Legault (CAQ), chef du deuxième groupe d'opposition

  • « Lui [François Legault], il déchirerait l'entente puis il va en négocier une autre. Aïe ! ça va bien aller. Ils vont être contents, les médecins spécialistes, quand ils vont le voir arriver pour négocier une autre entente. Ça va être extraordinaire vu que c'est lui qui leur a donné le principe qui les met dans cette position actuelle. »

    - Philippe Couillard, premier ministre (PLQ)

  • « Vous constatez un peu l'unanimité qu'on démontre ici, en Chambre, sur la question de la rémunération des médecins, qui, à notre avis, est abusive, n'a pas sa place, est tout à fait inappropriée dans un contexte de restrictions budgétaires pendant des années, où on a imposé des coupures importantes. Mais cette unanimité, en fait, reflète une unanimité à l'échelle de la société. »

    - Amir Khadir, député de Mercier (QS)

Source : Débats de l'Assemblée nationale, 20 et 21 février 2018




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