Alourdissement des amendes, suspension du permis en cas de récidive : Québec se décide enfin à envoyer un message dissuasif contre le cellulaire au volant. Le projet de Code de la sécurité routière présenté hier ouvre la voie, mais la sensibilisation et les sanctions devront suivre.

C'était l'un des éléments les plus attendus de ce code modernisé : comment dissuader les Québécois de manipuler cellulaire et volant en même temps ?

Le nouveau ministre des Transports André Fortin n'a pas sorti l'artillerie lourde recommandée par le coroner Yvon Garneau, soit neuf points d'inaptitude, autant que pour le non-respect d'un bus scolaire. La solution retenue constitue néanmoins une nette amélioration par rapport au régime actuel.

L'amende minimale à la première infraction, qui est l'une des plus faibles au pays, passera de 80 à 300 $. Et les récidivistes seront punis plus sévèrement. Les conducteurs déjà pincés pour le même motif dans les deux années précédentes se verront infliger l'amende maximale de 600 $ et une suspension immédiate du permis, de 3 à 30 jours selon le nombre de récidives. Sans oublier les quatre points d'inaptitude à chaque infraction, lesquels restent deux ans au dossier et augmentent le coût du permis au renouvellement. Le ministre veut aussi augmenter le nombre de points à cinq, un changement qui devra toutefois s'inscrire dans un règlement distinct. 

Bref, dans le genre « si tu ne comprends pas la première fois, on va te le répéter plus fort », c'est assez éloquent.

On note aussi que l'interdiction s'étend à tout écran ou appareil électronique portatif, excepté les GPS et autres sources d'infos pertinentes à la conduite. Et qu'elle s'inscrit dans une nouvelle section intitulée « Distractions au volant », qui ouvre la porte à d'autres articles. Si cela permet d'ajuster le Code plus rapidement à l'avenir, au lieu d'attendre une autre grande refonte comme celle-ci, qui a nécessité quatre ministres successifs, ce sera bienvenu.

Toutefois, pour que le message dissuasif fasse effet, il faudra publiciser ce nouveau régime et, surtout, l'appliquer efficacement. Les conducteurs les plus faciles à intercepter sont ceux qui profitent d'un arrêt au feu rouge pour texter ou téléphoner. Hélas, ce ne sont pas les plus dangereux. Près de 80 % des accidents mortels et plus de 60 % des accidents avec blessés graves impliquant un cellulaire ont lieu sur le réseau routier relevant du ministère des Transports, et non sur celui des municipalités. Si l'on veut améliorer le bilan, il faudra aussi arrêter ceux qui textent à grande vitesse.

Certains aspects seront sans doute contestés durant les consultations sur le projet de loi. Notamment cette nouvelle amende de 80 à 100 $ contre le cellulaire à vélo, doublée d'une interdiction de toute forme d'écouteurs pour les cyclistes - alors que plusieurs ont pris l'habitude, par souci de prudence, d'utiliser un écouteur dans une seule oreille pour pouvoir, comme les automobilistes, communiquer à mains libres. Mais pour le reste, Québec devra tenir son bout, car les conducteurs distraits par leur cellulaire exaspèrent et inquiètent tous les usagers de la route.