Le Comité international olympique (CIO) s'est finalement décidé à prendre des mesures un peu musclées pour barrer la route aux athlètes dopés, en excluant la Russie de PyeongChang et en intensifiant les contrôles ciblés en prévision de ces jeux. Un tour de vis attendu depuis longtemps, mais qui arrive malheureusement trop tard pour plusieurs athlètes.

L'haltérophile Christine Girard en sait quelque chose. Arrivée quatrième aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, elle s'est vu attribuer la médaille de bronze huit ans plus tard, après que la médaillée d'argent eut échoué au contrôle antidopage, permettant aux deux concurrentes suivantes de retrouver la place qui leur était due sur le podium. « Cette médaille de bronze de Pékin, c'est vraiment celle qui aurait changé ma vie durant, au minimum, les quatre années suivantes », nous raconte-t-elle de sa résidence de Vancouver.

Cette troisième place aurait fait d'elle la première Canadienne médaillée de ces Jeux. Cet honneur aurait suscité un intérêt d'autant plus soutenu qu'il s'est ensuite écoulé plusieurs jours avant qu'un autre athlète canadien n'accède au podium.

Impossible de chiffrer ce qu'elle aurait pu obtenir en commandites, conférences et autres contrats médiatiques ou publicitaires, mais chose certaine, ç'aurait été mieux que les années de vaches maigres qui ont suivi. « Je me suis finalement entraînée dans un abri d'auto à peine chauffé, seule, à faire mes propres plans d'entraînement », se remémore-t-elle.

Sa ténacité lui a finalement permis de décrocher ce qu'elle croyait être sa première médaille olympique en 2012... mais pas celle qu'elle méritait. Après avoir obtenu le bronze à Londres, la Québécoise s'est finalement vu reconnaître l'or l'an dernier, après que les deux autres médaillées eurent elles aussi échoué aux contrôles antidopage.

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Christine Girard a renoncé à la compétition après la naissance de son premier enfant en 2015. Elle a écrit un livre sur son parcours ahurissant. La parution devrait coïncider avec la remise officielle de ses médailles, quelque part en 2018.

« Nous nous efforcerons, de concert avec la commission des athlètes du CIO, de trouver les moyens de compenser les moments que les athlètes ont manqués sur la ligne d'arrivée ou sur le podium », a déclaré le président du CIO, Thomas Bach, mardi.

Désolé de crever votre bulle, M. Bach, mais ce ne sont pas que de beaux moments de fierté et d'émotion qui ont été volés à ces athlètes. Ce sont aussi des sommes d'argent, minimes peut-être aux yeux des grosses gommes de Lausanne, mais qui peuvent faire une grande différence dans le quotidien souvent frugal de ceux qui s'efforcent d'exceller dans le sport amateur.

Que le CIO ait permis au dopage de prendre autant d'ampleur (jusqu'à devenir une « conspiration institutionnelle » en Russie !) dépasse l'entendement. En laissant la situation se dégrader durant une si longue période, l'organisation a contribué à ce que davantage d'athlètes soient privés des médailles, et des retombées, qui leur étaient dues. Le climat de suspicion grandissant a aussi fortement entaché la marque olympique dont les dirigeants du CIO avaient la garde. En ont-ils payé le prix ? On n'a pas réduit leur chèque de paye ni coupé le chauffage de leur bureau...

L'exclusion de la Russie et l'intensité des contrôles annoncés mardi sont des pas dans la bonne direction, mais qui auraient dû se faire il y a deux ans, avant les Jeux de Rio. L'organisation, clairement, est en rattrapage. Et certaines choses, malheureusement, ne se rattrapent jamais. On aimerait que la direction du CIO s'en rende compte, et s'en souvienne la prochaine fois qu'on lui demandera, tout bêtement, de faire son boulot.

En chiffres

6961

Contrôles antidopage ciblés réalisés entre avril et octobre derniers

50 % 

Augmentation de ces contrôles par rapport à la période équivalente avant les Jeux de Rio

1240

Contrôles visant des athlètes russes, soit presque 20 % de l'opération

20 000

Total des contrôles prévus d'ici janvier prochain

0

Nombre d'entraîneurs et de médecins reconnus coupables de violation aux règles antidopage autorisés à participer aux JO de PyeongChang. Tous les membres de l'encadrement de la délégation russe aux Jeux de Sotchi sont aussi exclus.

Source: Comité international olympique