Le président exécutif du conseil d'administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, a agi de façon responsable en réduisant sa rémunération au niveau de 2015. L'enveloppe stratosphérique que l'entreprise avait accordée à sa haute direction était devenue une insulte à la population québécoise et une source d'embarras pour le gouvernement Couillard, ceux-là mêmes qui l'ont soutenue lorsqu'elle était dans le quatrième dessous. C'était un très mauvais calcul.

« Exécuter notre plan » : l'expression revient en boucle dans le discours de Bombardier depuis qu'elle a entrepris de se sortir du marasme dans lequel elle s'est enlisée. Cette discipline rigoureuse commence à porter ses fruits. La multinationale a retrouvé un niveau de liquidités nettement plus viable que lorsqu'elle a, de son propre aveu, frôlé la faillite en 2015. Mais alors qu'elle commence à peine à émerger, elle s'est comportée comme si elle avait gagné 10 000 mètres d'altitude. L'augmentation qu'elle entendait verser à ses dirigeants donnait l'impression qu'elle avait complètement perdu de vue tous ceux qui l'ont appuyée : les contribuables québécois, les employés, les fournisseurs et les petits actionnaires.

Bombardier a plaidé qu'elle avait fait les choses dans les normes. Une bonne part de la rémunération de ses six plus hauts dirigeants répond à des cibles de performance « établies à un niveau ambitieux ». Plus du quart de la rémunération du président et chef de la direction, Alain Bellemare, est composé d'options d'achat d'actions, dont la valeur repose sur l'appréciation du titre. Et l'on s'est référé à un groupe d'entreprises comparables.

Bref, la méthode du comité des ressources humaines et de la rémunération ressemble à celle des autres grandes sociétés cotées en Bourse. On a exécuté la procédure habituelle. Résultat ? Un bond de près de 50 % pour la rémunération totale des six dirigeants. Idem pour celle d'Alain Bellemare. Des augmentations choquantes dans la situation de Bombardier. Qu'on ne s'en soit pas rendu compte à l'interne avant le tollé qui a éclaté cette semaine est pour le moins étonnant.

On se serait attendu à ce que cette entreprise ait déjà compris l'importance de l'image : l'hostilité du reste du Canada à son égard lui a coûté l'aide du fédéral, qui n'a pas osé voler à sa rescousse quand elle en avait le plus besoin.

En demandant au conseil de ramener sa rémunération au niveau de 2015, Pierre Beaudoin a renoncé à une hausse de 36 %, mais surtout, il a démontré que la haute direction avait entendu la population.

Si Bombardier est encore là pour se comparer aux grandes multinationales, c'est beaucoup grâce aux Québécois, qui se sont doublement commis par l'entremise de l'État et de la Caisse. Ces engagements de 2,5 milliards US lui ont permis de rassurer les marchés et les clients potentiels. Ils lui ont fourni un point d'appui pour se sortir du trouble.

L'entreprise aura tout le temps de s'autocongratuler si son plan fonctionne et lui permet de retrouver son lustre d'antan. D'ici là, il est heureux qu'elle ait fait un effort pour comprendre le monde dans lequel elle vit, au lieu d'attendre du public qu'il comprenne ses justificatifs de rémunération. Elle ne peut qu'y gagner au change.