Les traitements rajeunissants coûtent cher et ne sont pas garantis. Yahoo, vénérable monument d'internet, paye le gros prix pour absorber le réseau social et site de microblogage Tumblr. L'intégrer sans le dénaturer sera tout un défi.

Yahoo versera 1,1 milliard de dollars américains comptants pour acquérir l'entreprise fondée il y a six ans par David Karp, un New-Yorkais de 26 ans qui n'a jamais fini son secondaire. On peut analyser la somme comme on veut (valeur au dernier financement, prix par utilisateur, transactions similaires, etc.), la valeur réelle de cette acquisition ne se révèlera qu'à l'usage. Elle dépendra de ce que l'acheteur sera capable d'en faire, et de l'évolution d'internet.

Yahoo a eu sa part d'expériences malheureuses. En 2009, il a fermé GeoCities, le service d'hébergement Web devenu désuet qu'il avait acheté 10 ans auparavant. Broadcast.com, une autre acquisition réalisée en 1999, n'a pas été plus inspirée. Une partie seulement de son expertise a survécu, fondue dans le portail musical de Yahoo.

Les déboires du géant de Sunnyvale n'ont rien d'exceptionnel. Les acquisitions, comme les fusions, sont des opérations de longue haleine dont les retombées se révèlent souvent pas mal moins spectaculaires que leur annonce. Quelqu'un a-t-il oublié ce qu'il est advenu de Myspace entre les mains de News Corp?

Marissa Mayer, la nouvelle patronne de Yahoo, n'a pas pris de chances. L'acheteur «promet de ne pas tout foutre en l'air (screw it up)», titrait son communiqué lundi. Tumbrl sera exploitée de façon indépendante par son fondateur.

Il faudra effectivement du doigté pour ne pas faire fuir la communauté qui fait toute la valeur de Tumblr. On a vu le feu de prairie qu'a allumé Instagram en modifiant ses conditions d'utilisation d'une manière qui dépossédait les usagers de leur contenu: moins d'un an après être passé dans le giron de Facebook, c'était vraiment malavisé.

En gage de bonne foi, Mme Mayer a aussi annoncé des améliorations importantes au site de partage de photos Flickr, négligé depuis son acquisition en 2005. Les fidèles de Tumblr demeurent néanmoins méfiants, voire hostiles. De fait, il n'y a rien pour eux dans cette transaction, si ce n'est une leçon de vie: la plupart des développeurs de services internet finissent tôt ou tard par monnayer leur création, usagers inclus.

La complémentarité saute aux yeux. Tumblr est tout ce que Yahoo n'est pas: jeune, créatif, mobile, social, cool. L'intégration, par contre, sera moins évidente. Il ne s'agit pas seulement de vendre de la pub sur Tumblr, mais de faire en sorte que sa communauté accroisse le trafic des autres propriétés de Yahoo. Défi de taille.

Cela dit, ce n'est pas infaisable. Google s'est fait demander pendant des années comment elle ferait de l'argent avec YouTube. Elle a pris son temps et aujourd'hui, le site vend des masses de pub. Il propose même des chaînes payantes. On ne sait pas si ça marchera, mais Google est ravie de jouer dans les plates-bandes Netflix. Pour en arriver là, toutefois, il a fallu prendre le risque de payer, en 2006, 1,65 milliard pour un site de partage de vidéos de chats.