Le tollé provoqué par la nouvelle Subvention canadienne pour l'emploi annoncée dans le budget fédéral est en train de détourner l'attention du vrai problème, beaucoup plus vaste et complexe, du manque de main-d'oeuvre spécialisée.

D'un côté, des chômeurs. De l'autre, des emplois qui ne trouvent pas preneur. Peut-on former les premiers pour qu'ils puissent occuper les seconds? Cela se fait déjà, et pourrait sans doute se faire davantage. Il y a cependant des limites à ce que des programmes de requalification peuvent faire pour répondre à la demande de compétences spécialisées qui, exigent souvent des années de formation.

Pour que les entreprises canadiennes trouvent ici les employés dont elles ont besoin pour fonctionner à leur plein potentiel, il faut agir sur plusieurs autres fronts.

Une donnée importante du problème est démographique. Nous ne parlons pas ici du tsunami gris qui fera disparaître des centaines de milliers de personnes du marché du travail en peu de temps - on n'y est pas encore, quoiqu'on commence à en ressentir les effets. C'est plutôt la démographie des régions créatrices d'emploi qui coince. Les deux provinces qui offrent les meilleures perspectives, l'Alberta et la Saskatchewan, comptent respectivement moins de 4 millions et à peine plus d'un million d'habitants. Elles n'ont tout simplement pas la population nécessaire pour répondre à leurs besoins.

Ce n'est pas un détail, puisque même l'immigration massive en provenance du reste du pays ne suffit pas. N'en déplaise à ceux qui considèrent les travailleurs comme de simples rouages du marché, il y a des limites à l'éloignement que les gens sont prêts à endurer pour améliorer leur sort. Peut-on les faire changer d'avis? C'est une question à laquelle il est grand temps de réfléchir, y compris à l'intérieur des provinces qui ont des ressources naturelles à développer, comme le Québec ou la Colombie-Britannique. Comment convaincre suffisamment de travailleurs de venir s'installer dans des régions non seulement éloignées mais dépourvues des infrastructures, services et loisirs auxquels ils sont habitués? Dans le contexte actuel, où une part grandissante de la population réside à proximité des villes, c'est un défi qu'on ne doit pas sous-estimer.

Autre donnée fondamentale: les programmes techniques n'attirent pas suffisamment de candidats. De toute évidence, les efforts de promotion déployés jusqu'ici ne suffisent pas. Il va falloir trouver autre chose pour recruter des jeunes. Les détourner de l'université, comme le suggèrent certains, n'est toutefois pas une solution. Cela ne ferait que déplacer le problème, puisque la demande de diplômes universitaires spécialisés est également en croissance.

On n'en sort pas. Si l'on veut avoir un bassin de main-d'oeuvre suffisant, il va falloir réduire le décrochage, ainsi que le nombre de jeunes qui traversent leur secondaire sans acquérir des connaissances de base suffisantes pour suivre une formation spécialisée.